Adonis Diaries

Where is “Your Home Country”? Do you feel Exiled?

Posted on: June 8, 2013

Where is “Your Home Country”? Do you feel Exiled?
Witold Gombrowicz wrote in his Journal, 1953, on Homeland and Exile.
On Homeland:
Be assured that your homeland is neither Grójec, Skierniewice, nor the entire country!
Let a forceful blood irrigates your face and colors your cheeks at the thought that You are the Homeland.
Are you no longer living in Grodno, Kutno or Jedlinsk ?
Has a person ever traveled anywhere else but in himself?
You are at home, even as you live in Argentina or Canada: Your homeland is not a location on a map, but the life essence of man.
Come on, no need to cry. Don’t forget that as you lived daily in Poland, Poland never meant mush to you.
Today, you don’t live in Poland, and Poland lives ingrained in you.
This new Poland that you have to define as the deepest of your humanity, the labor of many generations.
Everywhere the eyes of a male discover his destiny in the eyes of a young girl, a homeland is born.
Every time you feel angry or in ecstasy, let your fist rises against infamy, and a new homeland is created.
Every time the words of the wise, or the music of  Beethoven inflames your soul to the highest celestial spheres, in the Equator or in Alaska, a homeland is born.
In the square of Saxe at Warsaw, or in the Market of Cracow, you will be but poor bums, gatherers of miseries without fire or place, ambulating for small money, if you allow vulgarity kills the beauty in you…”
Question: Do you currently feel that you are at home and comfortable among the Silent Majority?
On Exile
The words of Cioran (a French author of the 50’s and 60’s) breath the humid coldness of caves and the dampness of the graves.
His words are too mesquine. Actually of whom this is about? Who should we comprehend in the definition of  “exiled authors”? Rimbaud ? Norwid ? Kafka ? Slowacki ?…
As many men, as many exiled people.
I doubt that any single one of them authors will be precisely scared of this kind of Hell…
Let’s us not forget that Art is nourished of elements of solitude and perfect autonomy. It is in himself that the artist finds satisfaction and a reason to be.
A homeland?
All eminent person, from the fact of his eminence, is a stranger, even in his own house.
Readers? These writers never wrote for their audience, always against their readers.
Honor, success, celebrity, glamour?
They have become celebrity because they learned to have esteem for themselves at a higher level than their success.
Theoretically, and all material difficulties set aside, I think that this plunge in the external universe that exile represents must bring to literature a vigorous impulse.
Here you have the elites of a country booted out of their borders.
This elite class can thus think, feel and write from the outside.
The elite class takes its distance. It acquires a spiritual freedom, rarely attained.
All the shackles and links are broken down. We can be much more than ourselves.
In this generalized effervescence, the established forms are relaxed and untied. We are now capable of walking toward the future in a more rigorous manner…
I don’t deny that in order to vanquish solo these difficulties requires plenty of decisions and moral courage.
Should we feel astonished if, scared of our weakness and by the magnitude of our duties, we hide our head in the mud, and replay past parodies for ourselves, run away from the universe in order to remain in our little world?”
(Lack of opportunities to work, education, and health care… are sources of feeling exiled. You tend to go into isolation and shun company…)
Note: Khalil Toubia shared Littérature et Poésie‘s photo and the original French texts:
Patrie : Sachez bien que votre patrie, ce n’est ni Grójec, ni Skierniewice, ni même le pays tout entier ! Qu’un sang puissant vous monte au visage, et colore vos joues à la pensée que c’est vous-mêmes qui êtes votre Patrie ! Vous n’habitez plus Grodno, Kutno ou Jedlinsk ? Mais l’homme a-t-il jamais séjourné ailleurs qu’en lui-même ? Vous êtes chez-vous, même en habitant l’Argentine ou le Canada, car la Patrie n’est pas un lieu sur la carte, elle est l’essence vive de l’homme. […]<br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br />
Allons, ne pleurnichez pas ! Et n’oubliez pas que, tant que vous habitiez la Pologne, la Pologne – chose quotidienne- ne vous frappait guère. Aujourd’hui que vous ne l’habitez plus, mais installée en force, elle vous habite, -cette Pologne qu’il faut définir comme votre humanité la plus profonde, le travail de maintes générations. Partout – sachez-le bien - où le regard du jeune homme découvre sa destinée dans les yeux de la jeune fille, naît la Patrie. Chaque fois que monte à vos lèvres la colère ou l’extase, que votre poing se dresse contre l’infâmie, chaque fois que la parole du sage ou le chant de Beethoven embrase votre âme en la transportant jusqu’aux sphères célestes, alors – en Equateur ou en Alaska - naît la Patrie. Mais, sur la place de Saxe à Varsovie ou sur le Marché de Cracovie, vous ne serez que de pauvres clochards, des colporteurs sans feu ni lieu, des amasseurs de pognon ambulants, si vous permettez que la vulgarité tue en vous la beauté.</p><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br />
<p>Witold Gombrowicz -Journal, 1953
Witold Gombrowicz -Journal, 1953
Patrie :
“Sachez bien que votre patrie, ce n’est ni Grójec, ni Skierniewice, ni même le pays tout entier ! Qu’un sang puissant vous monte au visage, et colore vo…s joues à la pensée que c’est vous-mêmes qui êtes votre Patrie ! Vous n’habitez plus Grodno, Kutno ou Jedlinsk ? Mais l’homme a-t-il jamais séjourné ailleurs qu’en lui-même ? Vous êtes chez-vous, même en habitant l’Argentine ou le Canada, car la Patrie n’est pas un lieu sur la carte, elle est l’essence vive de l’homme. […] Allons, ne pleurnichez pas ! Et n’oubliez pas que, tant que vous habitiez la Pologne, la Pologne – chose quotidienne- ne vous frappait guère. Aujourd’hui que vous ne l’habitez plus, mais installée en force, elle vous habite, -cette Pologne qu’il faut définir comme votre humanité la plus profonde, le travail de maintes générations. Partout – sachez-le bien – où le regard du jeune homme découvre sa destinée dans les yeux de la jeune fille, naît la Patrie.
Chaque fois que monte à vos lèvres la colère ou l’extase, que votre poing se dresse contre l’infâmie, chaque fois que la parole du sage ou le chant de Beethoven embrase votre âme en la transportant jusqu’aux sphères célestes, alors – en Equateur ou en Alaska – naît la Patrie. Mais, sur la place de Saxe à Varsovie ou sur le Marché de Cracovie, vous ne serez que de pauvres clochards, des colporteurs sans feu ni lieu, des amasseurs de pognon ambulants, si vous permettez que la vulgarité tue en vous la beauté…”
Exil    : Les paroles de Cioran respirent le froid humide des caves et le renfermé des tombeaux, mais elles sont bien trop mesquines. En effet, de qui s’agit-il… ? Qui nous faut-il comprendre dans la définition d’« écrivains exilés » ? […] Rimbaud ? Norwid ? Kafka ? Slowacki ?… Autant d’hommes, autant d’exils. Je crois qu’aucun d’entre eux ne serait effrayé précisément par ce genre d’enfer. […] N’oublions pas que l’Art est chargé et nourri d’éléments de solitude et de parfaite autonomie, c’est en lui-même qu’il trouve sa satisfaction et sa raison d’être. Une patrie ? Mais tout homme éminent, du simple fait de son éminence, est un étranger, même à son propre foyer. Des lecteurs ? Ces écrivains n’ont jamais écrit pour les lecteurs, toujours contre eux. Honneurs, succès, retentissement, célébrité ?… Ils sont devenus célèbres parce qu’ils ont su s’estimer eux-mêmes plus haut que leur succès. Il me semble plutôt que –théoriquement parlant et toutes difficultés matérielles mises à part – cette plongée dans l’univers extérieur que représente l’exil doit apporter à la littérature une impulsion inouïe. Voilà l’élite d’un pays jetée hors de ses frontières, à l’étranger. Elle peut, dès lors, penser, sentir, écrire de l’extérieur. Elle prend ses distances. Elle acquiert une liberté spirituelle rarement atteinte. Tous les liens se brisent. On peut être beaucoup plus soi-même. Dans la mêlée générale, les formes établies se dénouent, se relâchent, et l’on peut marcher vers l’avenir d’une manière plus rigoureuse. […] Je ne nie point que vaincre ces difficultés et les vaincre en solitaire- exige beaucoup de décision et de courage moral. Faut-il par conséquent s’étonner si, épouvantés par notre faiblesse et par l’immensité de nos devoirs, nous enfouissons nos têtes sous le sable, et, nous jouant à nous-mêmes des parodies de notre passé, fuyons l’univers pour rester dans notre petit monde ?
Witold Gombrowicz -Journal, 195

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