Adonis Diaries

Mon cher Ado/Rachel. Part 74

Posted on: December 15, 2018

Mon cher Ado. Part 74

Georges Bejani posted on FB. 12 hrs

Au cours de ces soirées d’hiver au coin du feu avec ma grand-mère , je lui demandais parfois de me raconter son passé de jeune mariée . C’était il y a plus de cinquante ans auparavant me disait-elle .

Comment veux-tu que je me rappelle mon petit ? Et puis , c’était la guerre dans le monde .

Et puis,elle avait déjà un premier fils , le petit Assaf, qu’il fallait nourrir . Mais parfois un sourire s’affichait sur son beau visage de vieille femme assagie .

Elle se rappelait qu’elle s’était mariée avec le plus bel homme du village , et le plus costaud , et le plus gentil, et …
Elle ne tarissait pas d’éloge sur cet homme avec lequel elle a vécu plus de soixante ans , sans jamais se plaindre , malgré les vicissitudes de la vie .

Mais , mon petit ,à peine mariés , la guerre éclata dans le monde …par moment , elle s’arrêtait et semblait partir dans ce passé lointain , puis reprenait son histoire un peu décousue , se penchant de temps en temps pour remuer les braises pour se réchauffer , car à son âgé elle sentait le froid hivernal la pénétrer jusqu’à la moelle .

Un soir , elle me raconta , qu’au début de cette guerre de 14-18 , ce qui les a surtout fait souffrir , c’était moins la guerre qui sévissait surtout en Europe , que les nuages de sauterelles qui s’abattaient sur le Liban ,fauchant tout sur leur passage . Plus rien à mettre sous la dent . Même pas une herbe .

Les enfants n’étaient plus bien nourris , les mère se desséchaient et les morts se comptaient par milliers .

C’est ainsi que mes grands-parents maternels perdirent leurs deux enfants ainés qu’ils avaient laissés derrière eux avec leur grand-mère ,avant de quitter le Liban pour la Guinée .

Mais ça, c’est une autre histoire . Alors , elle me raconta qu’un jour elle a voulu accompagner son mari jusqu’à Zahle , une ville située sur la route de Damas. Mais au bout de deux heures de marche dans la montagne , Zahle se trouvant sur l’autre versant du Mont-Liban, une tempête de neige les a surpris alors qu’ils n’étaient pas encore parvenus au sommet de la montagne .

(Les mkariyyeh, les personnes qui transportaient les produits de Zahle et de la Syrie a dos d’anes, eviterent beaucoup de famine. Les gens de fortune (ekta3iyya) achetaient des maisns et des terres pour une bouche’ de pain)

Ma grand-mère , exténuée , et les muscles meurtris , elle décida de retourner sur ses pas . Oui mais en pleine tempête de neige elle ne savait plus comment se diriger. Elle se lançait comme elle pouvait en trébuchant , poursuivant son chemin , tant bien que mal , afin d’atteindre Bei-Chabab, car, me disait-elle, si elle s’arrêtait pour se reposer , elle mourrait gelée sur place .

Cela me fait penser à la retraite de Russie, de Victor Hugo : ” qui s’asseyait mourrait ” dit-il à propos des soldats de Napoléon qui tentaient désespérément de rejoindre la France , vaincus par la neige .

Voilà, ma chère Rachel , ce que notre grand-mère me raconta un soir d’hiver au coin du feu , dans sa maison de Beit-Chabab.

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