Adonis Diaries

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Christian Bobin: “Nous ne sommes pas obligés d’obéir”

Christian Bobin, auteur du Très-bas en 1992, vient de publier L’Homme-joie.

François Busnel est allé le rencontrer dans sa bucolique retraite de Saône-et-Loire.

Certains livres deviennent immédiatement des amis. Ce sont des livres rares, souvent cachés dans les rayonnages d’une librairie ou d’une bibliothèque.

On les découvre par hasard, ou par ouï-dire, ou encore parce qu’un ami qui vous veut du bien vous les a offerts.

Ce ne sont pas de lourds traités sur le bonheur, non, pas directement, mais ce sont des livres qui rendent heureux. Ils parlent de la joie, de la gaieté, de l’émerveillement, de la sidération.

De tout ce qui fait que la vie est belle malgré la peine, malgré la douleur, malgré la bêtise ambiante, malgré la mort – aussi. Christian Bobin nous offre de tels livres.

Le dernier en date s’intitule L’Homme-Joie et est incroyablement lumineux. Peut-être faut-il le situer comme le point le plus lumineux, d’ailleurs, dans une bibliographie superbe mais torturée, où la mélancolie, l’absence et la mort tiennent une place déterminante.

Une bibliographie forte de grands succès comme L’Inespérée ou La Plus que vive mais aussi – pour la partie croyante et un peu mystique de l’oeuvre – Le Très-Bas.

Christian Bobin a choisi la solitude. Il vit loin de Paris, de l’agitation, des mondanités, des injonctions du monde moderne, dans un petit village près du Creusot, en Bourgogne.

Il publie des livres comme on jette des bouteilles à la mer et leur donne des titres parfaits: L’Eloignement du mondeEloge du rienEclat du solitaireL’Enchantement simple ou encore Une petite robe de fête.

Il pèse chaque mot. Prend son temps pour répondre. Sourit. Et fait preuve d’un humour délicieux, lui qui écrit dans L’Homme-Joie: “J’ai lu plus de livres qu’un alcoolique boit de bouteilles.” (You read a thousand books and you never run out of words)

La Bourgogne, où vous habitez, semble fonctionner de plus en plus comme un refuge pour vous… Le lieu du bonheur parfait ?

Christian Bobin. C’est mon berceau et c’est la base d’envol de tous mes songes.

Christian Bobin est né en 1951 au Creusot. Il est l’auteur d’ouvrages dont les titres s’éclairent les uns les autres comme les fragments d’un seul puzzle. Entre autres: Une petite robe de fête (Gallimard, 1991), L’Enchantement simple (Lettres Vives, 1986), Eloge du rienLe Très-BasL’InespéréeLa Plus que vive (Gallimard, 1996), Autoportrait au radiateur (Gallimard, 1997).

Faites-vous partie de ces écrivains qui se sentent attachés géographiquement à un territoire, qui ont besoin d’être sédentaires pour écrire? De quel ordre est votre attachement?

Je ne crois pas me tenir dans la cage d’un territoire. Je pourrais dire que, dans un sens, j’écris tout le temps. J’ai comme une hémorragie d’écriture tout le temps.

Je ne prends pas de notes. (ca ne me vas pas). Ou alors de façon très exceptionnelle : je vais noter une phrase qui me vient, une chose vue de façon très simple, très réduite, puis, si elle doit vivre plus tard dans un livre, elle vivra, prendra de l’ampleur.

Mais je regarde tout, tout le temps, toujours. (J’observe?) Je vis, c’est vrai, dans une campagne tout à côté du Creusot. Mais mon vrai pays, c’est la page blanche.

Comment écrivez-vous?

Je vais faire un léger détour pour vous répondre. Je pense que l’écriture est un travail de guérison. (On ne guerit jamais avec des ouvrage a successions. Il faut reflechir a ce qu’on a deja ecrit)

Elle a à voir avec quelque chose qui relève de la guérison. Pas uniquement ma propre guérison mais une guérison de la vie. De la vie souffrante. De la vie mise à mal par les conditions modernes. Etrangement, pour guérir il faut d’abord rendre malade. Rendre malade d’émotions, rendre malade de beauté, vous voyez ?

Mon travail, si j’en ai un, est de transmettre une émotion qui m’est venue. De faire en sorte que cette émotion soit contagieuse. Je suis donc toujours dans une sorte d’ “attention flottante”, comme disent les psychanalystes, c’est-à-dire une attention légère et soutenue aux choses, aux gens. Et puis quand quelque chose d’exceptionnel arrive, je le recueille.

Quel est ce “quelque chose d’exceptionnel”?

L’exceptionnel ? C’est l’ordinaire. C’est un visage. C’est une marguerite dans un pré. C’est une parole inouïe entendue quelque part.

Dans votre précédent livre vous écrivez : “Chaque jour a son poison et pour qui sait voir, son antidote.” Quel est l’antidote au poison des jours ordinaires et comment apprendre à le voir ? Car là est le vrai problème : comment reconnaître le miracle lorsqu’il arrive.

Quand le miracle arrive, vous le savez.

Si vous me demandez quels sont les vrais trésors aujourd’hui, à l’heure qu’il est, à cette époque de ma vie, je répondrais : la patience et l’humeur bonne. Oui : une bonne humeur.

J’ai entendu, il n’y a pas longtemps, un plâtrier siffler, mais il avait mille rossignols dans sa poitrine, il était dans une pièce vide, il enlevait un vieux papier peint, il était seul depuis des heures à cette tâche et il sifflait.

Et cette image m’a réjoui et j’ai eu comme l’intuition que cette humeur-là rinçait la vie, la lavait, comme si cette gaieté de l’artisan réveillait jusqu’à la dernière et la plus lointaine étoile dans le ciel.

Ça, vous voyez, ce sont des riens, des moins que rien, des micro-événements, des choses minuscules, mais ce sont ces événements qui fracturent la vie, qui la rouvrent, qui l’aident à respirer à nouveau.

Lorsque de tels événements adviennent, croyez-moi, vous le savez. Vous le savez parce qu’une sorte de gaieté vous vient. C’est sans valeur marchande, la gaieté, sans raison, sans explication ! Mais c’est comme si, tout d’un coup, la vie elle-même passait à votre fenêtre avec une couronne de lumière un peu de travers sur la tête.

Dans L’Homme-Joie, vous écrivez dès les premières pages que “l’art de vivre consiste à garder intact le sentiment de la vie et à ne jamais déserter le point d’émerveillement et de sidération qui seul permet à l’âme de voir”. Pour y parvenir ne faut-il pas d’abord trouver quelque part la force de tourner le dos aux grandes injonctions du monde moderne, c’est-à-dire à ces verbes que vous énumérez si bien : “acheter, envier, triompher, écraser l’autre…”?

Il s’agit juste de faire un pas de côté, mais ce pas de côté fait que vous arrivez au paradis. Un paradis qui se trouve non pas ailleurs et demain mais ici et maintenant. Je vais dire une banalité mais le monde est d’une puissance terrible et mortifère. Chaque jour, chacun de nous l’éprouve.

Après tout, nous ne sommes pas obligés d’obéir.

Après tout, nous pouvons tout d’un coup nous réveiller.

La vie est une chose extrêmement fragile et hors de prix. C’est un diamant. En venant vous voir, ici, à Paris, j’ai vu des gens couchés sur les trottoirs. Un peu plus loin, j’ai ouvert un livre que je venais d’acheter et je me suis surpris à le lire.

Il faisait très froid dehors mais la lecture m’a offert une sorte de cabane, de protection. Ce n’est rien, n’est-ce pas, des phrases dans un livre, ou un plâtrier qui siffle un air de quatre sous ? Ce n’est rien. Mais si les planètes suivent leur cours et si la Terre est toujours sous nos pieds, c’est grâce à des riens comme cela.

Les esprits grincheux vont encore dire : “Vous êtes devenu mièvre, Christian Bobin…” Que signifie cet éloge des marguerites dans un pré, des planètes lointaines, du plâtrier qui siffle?

[Il éclate de rire.] Mais la réponse est très simple : nous n’avons que ça. Nous n’avons que la vie la plus pauvre, la plus ordinaire, la plus banale.

Nous n’avons, en vérité, que cela. De temps en temps, parce que nous sommes dans un âge plus jeune ou parce que la fortune, les bonnes faveurs du monde, viennent à nous, nous revêtons un manteau de puissance et nous nous moquons de cette soi-disant “mièvrerie”.

Mais le manteau de puissance va glisser de nos épaules, tôt ou tard… Non, je ne suis pas mièvre. Je parle de l’essentiel, tout simplement.

Et l’essentiel, c’est la vie la plus nue, la plus rude, celle qui nous reste quand tout le reste nous a été enlevé.

Je vais à l’essentiel. Je ne fais pas l’apologie de quelque chose qui serait simplet. La marguerite dans son pré, le plâtrier qui siffle, les planètes lointaines : voilà, au contraire, quelque chose qui est rude, émerveillant, parce que ces choses résistent à tout.

Mais cet état d’émerveillement est particulièrement difficile à atteindre, paradoxalement…

Oui, curieusement. Je crois qu’il faut chercher sans chercher. Cela peut venir de partout.

C’est donc du minuscule et de l’imprévisible ?

Oui. C’est cela que j’appelle la gaieté : du minuscule et de l’imprévisible.

Dans Autoportrait au radiateur, en 1997, vous évoquiez déjà cela en disant que pour y parvenir il fallait disposer d’un “temps pur” : “Je me suis fait écrivain ou plus exactement je me suis laissé faire écrivain pour disposer d’un temps pur, vidé de toute occupation sérieuse.”

Oui.

Tout à l’heure vous évoquiez de vous-même les psychanalystes et leur langage. Avez-vous eu besoin d’eux pour atteindre ce point d’émerveillement et de sidération, pour comprendre que ce manteau de puissance va finalement tomber et glisser?

Ou bien nous sera arraché… Mais cela revient au même. Je n’ai pas suivi de psychanalyse, j’ai laissé les événements me révéler à moi-même avec leur violence habituelle. Ça a marché à moitié ou aux trois quarts -parce qu’il reste toujours une part d’inconnu en nous-mêmes, évidemment.

Mais j’ai demandé à l’écriture de m’amener vers des zones plus claires, vers une terre plus ample et plus ouverte. Et c’est ce qui s’est passé. Je ne suis pas allé chercher un savoir technique. Je ne crois guère aux théories : dessous les théories, cherchez la déception…

Vous parlez comme si vous aviez conclu un pacte avec l’écriture…

Oui, je crois que l’écriture en sait plus long que moi. [Il marque une pause, observe un long silence, en souriant.]

Et, en même temps, vous semblez considérer la vie comme étant une aventure, une expérience, y compris dans ses drames les plus forts. Vous avez écrit sur la mort de l’être aimé, l’arrachement, la douleur. Peut-on vraiment, sereinement, retrouver la joie ?

Alors là, il faudrait que je parle, si je puis dire ainsi, sur la pointe des pieds. [Un silence.]

Comme vous écrivez.

Vous êtes gentil de dire ça.

Non. Je le dis parce que c’est vrai.

Je pense qu’il faut faire très attention, sur cette question de la mort et de la joie. Le plus beau proverbe que je connaisse vient d’Egypte. C’est une injonction : “Ne fais jamais peur à quelqu’un, n’inspire jamais la peur à un autre être humain.”

Je trouve que c’est une sentence magnifique. Et j’y ajouterai : n’ injurie jamais la douleur de l’autre, ne va pas trop vite, ne fais pas l’économie de ce que les autres vivent. Comment pourrais-je vous dire cela ? J’ai de la joie à aller dans les endroits, même les moins éclairés qui soient.

Je pense, par exemple, à des hôpitaux ou des maisons de retraite, endroits que je continue de fréquenter. J’ai une joie profonde à traverser les épaisseurs de grisaille, la dureté que le monde met sur certains visages à la fin d’une vie.

J’éprouve une joie profonde à enlever tous ces voiles et à voir, soudain, deux yeux qui brûlent dans l’ombre. L’humain est un soleil. La vie, voilà la seule merveille. Et c’est la seule merveille non commercialisable.

L’humain est un soleil que l’on peut aller chercher dessous les décombres, dessous la fatigue, dessous les pertes.

Il n’y a rien de pire que de perdre un enfant. Rien de pire. C’est connaître et éprouver l’hémorragie de ses propres forces.

Oui, la vie est très rude. Mais j’essaie de peindre, de livre en livre, le sourire que je vois sur ces lèvres. Malgré tout. Je connais la perte de qui on aime plus que tout. Et je le redis: la vie est peut-être cent milliards de fois plus belle que nous l’imaginons – ou que nous la vivons.

Qu’attendez-vous d’un livre, quand vous êtes lecteur?

J’attends tout. Absolument tout. J’attends une paix immense – elle vient souvent, monte du livre. J’attends de connaître un peu mieux mon visage – il est si mouvant, de passage, comme celui de ceux qui nous lisent en ce moment, comme le vôtre.

D’un livre, j’attends qu’il travaille comme un miroir, qu’il travaille pour moi. J’attends aussi qu’il me donne, qu’une sorte de lumière monte de lui.

Et j’attends, enfin, de rencontrer un humain parce que je crois que c’est la chose sans doute la plus rare au monde, une rencontre, une vraie rencontre. J’attends qu’une personne sorte du livre et se mette à me parler et, en me parlant, me découvre, moi.

Cette personne, est-ce l’auteur ou les personnages?

L’auteur ! Au-delà des personnages d’un roman, je veux sentir la personne de l’auteur. Je cherche le vivant.

Un livre fonctionne comme une baguette de coudrier, ces baguettes que l’on tient à la main et dont les vibrations soudaines indiquent une source heureuse dans le sol : certains livres indiquent une source heureuse dans notre esprit ou dans le monde. Lorsque cela arrive, c’est la plus belle chose qui soit !

Avec quel livre cela vous est-il arrivé ?

Jardins et routes, d’Ernst Jünger. Jünger est un écrivain allemand, comme on sait, et qui a traversé les deux guerres mondiales.

Jünger n’est pas du tout l’homme sur lequel on a plaqué une image au mieux austère, au pire militariste. Son oeuvre est comparable à celle de Montaigne : c’est un homme qui traverse les épreuves de la vie, toutes, avec noblesse, nonchalance parfois, en cherchant toujours ce qui témoigne du surgissement coloré de la vie.

Jünger a un esprit passionnément contemplatif. Dans son Journal parisien, il assiste à la première apparition de l’étoile jaune sur la poitrine d’une passante. Et il note qu’il a cet instinct, ce geste qui le foudroie lui-même : faire le salut militaire à cette jeune femme.

Le salut militaire était tourné ordinairement vers le puissant, vers le monstre, vers le Dieu tout-puissant qui avait fait sa tanière en Allemagne et avait essaimé partout. Mais ce salut donné au plus faible est, je trouve, bouleversant. C’est magnifique! C’est une crête d’humanité!

Et quand je lis cela, je vois quelqu’un de vivant, parce que peut-être, vivant et aimant, c’est pareil. Et parce que, aimant et être attentif à ce qui est en train d’être broyé, c’est pareil.

Quelle place occupent les écrivains du Grand Siècle dans votre vie? (Quelle siecle?)

Jünger est un grand collectionneur, un grand traqueur, un grand chasseur d’insectes et de fleurs. Et un être attentif aux nuages. Il appartient à cette grande tradition qui vient de Montaigne et de Pascal et de Saint-Cyran.

Le Grand Siècle ? Ses écrivains parlent au coeur, tout de suite. Ils enfoncent la dague de leurs phrases dans le coeur du lecteur, sans détours. Leurs livres sont comme des meurtres lumineux.

Des meurtres lumineux?

Oui. C’est comme ça que je qualifierais la poésie ou la pensée lorsqu’elle est à son plus haut. Quelque chose qui vous sort du monde. Pour que vous puissiez commencer à voir et à comprendre ce qu’est cette vie qui vous a été donnée, qui vous sera enlevée un jour, il faut d’abord sortir du monde, sortir du somnambulisme dans lequel le monde vous tient.

Et pour cela, il vous faut un grand coup! La beauté, c’est cette dague qui s’enfonce dans la poitrine ou l’âme du lecteur.

Les phrases de Pascal, des grands moralistes du XVIIe siècle, ces pensées-là ont cet effet. Je les retrouve en amont chez Montaigne et en aval chez Jünger : elles ont quelque chose de brûlant et de délivrant. Tous ces écrivains ont l’art de resserrer le langage sur un point et un seul.

Lequel?

Comment se tenir dans la vie. Comment être à la hauteur de la vie, si noble et si fragile.

Diriez-vous que votre travail d’écriture s’apparente à cette tradition?

La comparaison est beaucoup trop grande pour moi ! Mais, évidemment, oui. Vous savez, je n’ai pas vraiment choisi d’écrire comme ça. J’ai entamé une course, celle de la vie, et à chaque chute, à chaque genou écorché, une page d’encre apparaît.

Je frotte mes écorchures avec une poignée d’encre pour les guérir. Et puis il y a, aussi, l’inverse, c’est-à-dire les éblouissements.

Quels sont-ils?

Tout ce qui arrive. Mais il n’arrive pas quelque chose tous les jours, entendons-nous bien ! Le manège ne tourne pas tous les jours. Il est parfois à l’arrêt, bâché. Mais quand quelque chose arrive, ça devient pour moi une urgence de l’écrire, de le transmettre. En partageant la joie, vous la multipliez. Et écrire, c’est partager pour multiplier.

Et les jours où il n’arrive rien, comment les vivez-vous?

Ce sont des jours où je dois avoir une tête un petit peu renfrognée, chiffonnée. Une tête comme un papier froissé. Alors j’attends. Tout simplement, j’attends. Sans impatience. C’est la seule sagesse que je me connaisse.

L’attente, une sagesse?

Oui, l’attente. Parce que je sais, d’expérience, que les portes fermées vont se rouvrir.

Comment peut-on attendre sans impatience?

J’attends à la façon du pêcheur au bord de l’eau, vous voyez? Il n’y a pas de prise, il n’y a rien, il n’y a pas une ride sur l’eau, la lumière du ciel décroît, il commence à faire frais mais j’attends. Je sais que rien n’est vain, même ces jours-là. Aujourd’hui, nous commettons presque tous la même erreur : nous croyons que l’énergie, c’est la vérité. Certes l’énergie est nécessaire… mais il y a une mauvaise énergie.

Laquelle?

La mauvaise énergie est celle qui consiste à essayer de forcer les chemins du ciel. La mauvaise énergie est celle qui veut accélérer chimiquement les battements du coeur. La mauvaise énergie, c’est vouloir tout tout de suite, les applaudissements avant même d’avoir commencé l’effort…

Notre époque veut du survitaminé. Elle a oublié la lenteur. J’essaie, par les livres que j’écris, de retrouver cela, de faire revenir la lenteur.

Ne faut-il pas avoir beaucoup souffert pour arriver à un tel détachement?

[Long silence.] Je ne sais pas quoi dire.

La vérité.

Oui, la vérité… Mais, vous savez, la vie est tellement dure… La vie a été beaucoup plus dure pour tellement plus de gens que pour moi… Comment pourrais-je dire que j’ai souffert alors que se passent encore certaines choses aujourd’hui ? Je dirais simplement, par pudeur, que je n’ai pas abandonné l’enfant que j’étais. Voilà.

Et quel enfant étiez-vous?

Un enfant qui ne faisait pas grand-chose. Qui regardait par la vitre. Qui regardait ce qu’il se passait quand il se passait quelque chose.

Pensez-vous toujours que nous prenons notre véritable visage et notre véritable force dans l’enfance, qu’ensuite rien ne change?

Oui, c’est ce qu’on appelle les caractères. C’est une drôle de chose : il est possible que le caractère d’une personne ne change jamais. On voit cela, dans la religion, par exemple. Prenez saint Paul. C’est amusant car il est d’abord persécuteur des chrétiens avant d’être renversé sur le chemin de Damas et de se convertir, de devenir le premier défenseur des chrétiens.

Mais il est aussi fou, aussi violent, dans sa défense que dans son attaque ! Son caractère, passé le feu de la révélation, est resté intact. Je crois donc, en effet, que l’on peut retrouver chez chacun et à tout âge les traits de l’enfance. Ils sont parfois encrassés, mais ils sont toujours là.

Dans L’Homme-Joie, cette confession : “Si mes phrases sourient c’est parce qu’elles sortent du noir.” Comment convertir le drame en joie?

Peut-être en éprouvant la sensation de confiance dans la base de la vie. Il arrive que la vie soit partie. Que l’on soit délaissé, abandonné. Chacun fait cette expérience tôt ou tard, et parfois sur une durée très longue. Soit.

Mais même dans ces moments-là, il y a quelque chose qui ne nous quitte pas, que je ne saurais pas nommer, que je ne veux pas nommer – parce que la nommer, ce serait l’abîmer et, peut-être, la faire fuir à jamais.

Il y a un point de confiance, quelque chose en nous comme une petite chambre dans le coeur, dans laquelle il ne faut laisser entrer personne. Pas même ceux que nous aimons.

Pas même ceux que nous aimons?

Pas même ceux que nous aimons, non. Parce que le coup peut aussi venir, parfois, de ceux que nous aimons. Il y a quelque chose de plus haut, de plus secret. Ce retrait-là permet de traverser tous les hivers, tous les incendies. Pourquoi ? Je n’ai pas d’explications. C’est comme ça : c’est là.

Vous n’aimez pas beaucoup les explications. Dans L’Homme-Joie, vous promenant dans l’exposition, magnifique, consacrée au peintre Pierre Soulages à Montpellier, vous écrivez ceci, en parlant de sa peinture : “Je ne peux rien expliquer. Expliquer n’éclaire jamais.” Mais alors, qu’est-ce qui éclaire, d’où vient la vraie lumière?

La vraie lumière vient de ce que l’on ressent. Un enfant, même privé de mots, comprend ce que disent les grands : il regarde les visages, entend les inflexions des voix. Si on lui ment, il le sent ; si on lui dit la vérité, il le sent ; si on est bienveillant envers lui, il le sent.

Ce savoir n’est pas explicable mais il nous porte tout au long de notre vie. C’est une intelligence muette que la vie a d’elle-même.

Revenons à ce détachement… Vous évoquez, dans L’Homme-Joie, le moment de sa vie où Glenn Gould, ce génie de l’interprétation et du piano, décide de quitter la scène. Pourquoi ce moment-là ? Faut-il y voir un éloge de la démission ?

Oui, c’est une démission mais c’est aussi une entrée dans quelque chose qui est la pensée pure, c’est-à-dire la vie même.

Imaginez un homme dans la jeunesse de ses forces, applaudi dans le monde entier, à qui, tout d’un coup, les applaudissements donnent une sorte de migraine, l’empêchant de mener sa vie au mieux, c’est-à-dire de tendre vers ce point qu’il cherche toujours et qu’on l’entend chercher dès qu’il joue…

C’est un point de silence, une sorte de précision, de pureté cristalline, un état du monde et des étoiles.

Gould lâche alors ces facilités que sont les approbations et les applaudissements pour revenir à sa tanière, pour ne plus se consacrer qu’à une seule chose. J’essaie de mettre des mots sur cette chose. Il va vers son coeur. Il déserte. Mais s’il déserte, c’est pour gagner la bataille.

Dans le monde actuel, comment faire pour garder intacte notre capacité d’émerveillement ?

Toujours ramener la vie à sa base, à ses nécessités premières : la faim, la soif, la poésie, l’attention au monde et aux gens.

Il est possible que le monde moderne soit une sorte d’entreprise anonyme de destruction de nos forces vitales – sous le prétexte de les exalter. Il détruit notre capacité à être attentif, rêveur, lent, amoureux, notre capacité à faire des gestes gratuits, des gestes que nous ne comprenons pas.

Il est possible que ce monde moderne, que nous avons fait surgir et qui nous échappe de plus en plus, soit une sorte de machine de guerre impavide. Les livres, la poésie, certaines musiques peuvent nous ramener à nous-mêmes, nous redonner des forces pour lutter contre cette forme d’éparpillement.

La méditation, la simplicité, la vie ordinaire : voilà qui donne des forces pour résister. Le grand mot est celui-là : résister.

A vous lire, à vous écouter, on a l’impression que vivre est une chose simple : il suffit d’y consacrer chaque seconde de sa vie ! Dans vos livres, vous semblez dire que si nous avons pratiqué ces actes de résistance et même si la vie nous submerge, ce n’est pas grave…

C’est lié à la joie. Il faut savoir perdre. Et trouver la joie dans la défaite. Je vais vous donner un exemple que tout le monde va comprendre tout de suite.

Quand on a trente ans à peu près, l’âge des bandes d’amis, et que c’est l’été, cette saison incroyablement belle, et que l’on tente de traverser une rivière sans trop se mouiller, que fait-on ? On passe d’un galet à l’autre. On peut gagner, c’est-à-dire arriver sur l’autre rive indemne. Mais on peut aussi perdre tout d’un coup, glisser brusquement, tomber, se mouiller… et s’apercevoir que perdre, c’est encore plus drôle que de gagner, et que ce n’est pas grave !

Ce qui comptait, ce n’était pas d’atteindre l’autre rive indemne mais d’être ensemble, vivant, de se réjouir de petits riens comme ceux-là.

Et vous, vous avez beaucoup perdu ?

On ne parvient pas à un certain âge sans avoir perdu. Beaucoup, oui. Ce que j’ai perdu est irrattrapable. Je ne parle ni des objets ni des biens ni même de l’argent mais des êtres.

J’ai perdu des êtres qui étaient pour moi des sources de soleil. Ce soleil a été mis en terre. Apparemment mis en terre. Moi, je pense que je continue à en recevoir les rayons.

Mais je sais aussi, en même temps, que c’est une perte et qu’elle est irrattrapable. Je sais les deux choses. Que dire de plus?

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Story of assassination of Bashir Gemayel in Sept. 14, 1982

La mort de Bachir Gémayel et la survie de son assassin

Habib Tanions ‘Chartouni’, l’assassin du Président élu Bachir Gémayel, condamné à mort par contumace 35 ans après les faits.

Après l’annonce du verdict, le parti Kataëb (Phalanges, fondé par Pierre Gemayel, père de Bachir, en 1936), “célèbrera le triomphe du droit et de la justice en se réunissant place Sassine”.

La famille du président assassiné a ensuite prévu de se rendre dans sa ville d’origine, Bikfaya, pour déposer une copie du verdict sur la tombe du président assassiné. 35 ans ! Pourquoi tant de temps ? (Pouquoi maintenant?)

Les faits sont têtus.

Comme il l’avait fait chaque mardi, durant les 7 ans de guerre, sauf depuis son élec­tion par manque de temps, le Prési­dent-élu Bachir Gémayel se rendit ce 14 septembre 1982 à 16 heures au Markaz ([1]) d’Achrafieh (Headquarter) pour s’adresser à la population du quartier.

Il tenait à les saluer une dernière fois et voulait rendre hommage à Jean ‘Nader’ qui en était le « patron ». Le matin même, Bachir avait vertement ra­broué Zahi ‘Boustani’ ([2]) qui s’obstinait à le faire changer d’horaires par simple mesure de sécurité,

– Je n’en peux plus ! s’était-il écrié. Tu me traques tout le temps ! Est-ce que l’on va également en­trer avec moi à Baabda ([3]) et m’accompagner partout où je vais ?

En tout début d’après-midi, ce même 14 septembre, à leur descente d’avion spécial en provenance de Lood, des instructeurs militaires israéliens furent bloqués par les hommes du Jihaz el-A’men ([4]) de faction à l’aéroport.

Ils avaient voyagé avec Ména­chem ‘Navot (qui avait pour nom de code Mendy), le tout nouveau N°2 du Mossad.

Durant le vol, les instructeurs, en civil, lui avaient expliqué qu’ayant formé les « body-gards » de Bachir Gémayel depuis trois mois, ils se rendaient à Beyrouth, comme l’exigeait le programme d’entraînement, pour contrôler si ce qu’ils leur avaient enseigné était appliqué.

Mendy intervint auprès des libanais en expliquant qu’il devait s’agir d’une erreur. L’officier de la sécurité fut intraitable, Il brandissait un message impératif qui leur était adressé : « Ne restez pas au Liban. Repartez avec le même avion ».

« C’était complètement stupide mais ils ne pouvaient pas passer en force pour ne pas froisser des susceptibilités  » déclara plus tard Ménachem Navot ([5]).

Ménachem demanda à Woody (Walid ‘Fares [6]’) venu le chercher, à être immédiatement conduit chez Elie ‘Hobeika’ au Mabna el-A’men ([7]).

Mendy était en train de protes­ter auprès du chef de la sécurité des Forces Libanaises, lorsqu’à 16 heures 10, une très forte déflagration retentit.

Quelques secondes plus tard le téléphone d’Elie sonna. Un cor­respondant lui annonça qu’une explosion venait de se produire au Markaz d’Achra­fié. Sans se consul­ter, Woody, ‘Navot’ et Ho­beika regardè­rent leur montre. Connais­sant l’emploi du temps de Bachir, ils savaient qu’il devait y être. La secrétaire passa la tête par la porte et lança,

– Bachir est sain et sauf.

Au même moment le téléphone résonna,

– ‘Bachir’ a parlé avec les sauveteurs, annonça une voix, il est sous les décombres mais vivant.

H.K. bondit hors de son bureau, sauta dans sa voiture et dé­marra en trombe. Woody et Mendy le suivirent dans un autre vé­hicule.

Du Markaz, il ne restait qu’un tas de décombres encadré par des pans de murs verticaux. Des grappes d’hommes retiraient des gravats d’un endroit pour les lancer dans un autre. Des cris, des appels et des ordres se croisaient entre des hurlements de sirènes dans une confu­sion indicible.

Ici et là des coups de feu tirés en l’air étaient censés faire reculer des civils et des miliciens cho­qués et hystériques qui s’agglutinaient autour de l’amas de ruines. Lorsque l’Israélien arriva, une grue mobile était déjà au travail. Des dizaines de sauveteurs s’affairaient dans la poussière. Un homme l’interpella et lui demanda avec un regard fou d’espoir.

C’est vrai que Ba­chir a été évacué dans un hélicoptère is­raélien ?

Navot ne prit même pas la peine de répondre. Woody et lui étaient assommés par le spectacle et l’anxiété. Le cœur serré par l’angoisse, ils se mirent comme les autres à fouiller les ruines. Navot fit un faux mouve­ment, chuta lourdement dans un trou et s’ouvrit profondément la main. Woody l’évacua immédia­tement vers l’hôpital des Forces Libanaises à la Quarantaine.

Alfred ‘Madi, conseiller de Bachir Gémayel’, Zahi ‘Boustani’ et Fady ‘Frem’ Commandant en chef des Forces Libanaises (FL), arrivèrent sur les lieux alors que l’on installait des projecteurs pour lutter contre l’ombre de la nuit qui commençait à s’étendre.

En voyant l’amas de ruines, Fady Frem était persuadé que Bachir avait péri écrasé sous les décombres. Des personnalités présentes lui avaient alors affirmé avoir vu Bachir vivant.

Lucien Georges, le correspondant du « Monde » était de ceux-là et décrivait même le président élu, couvert de poussière, porté dans une ambulance par des sauveteurs. Connaissant leur sérieux et leur lucidité, Frem avait été submergé par un espoir fou que sa raison tentait d’écarter.

Malgré le doute angoissant qui le rongeait, il s’accrochait désespérément à tous les détails, les propos qui étayaient son espoir. Il était retourné à la Quarantaine. Puis, ne pouvant rester loin des recherches, il y était revenu.

Frem s’engagea sur l’amas de gravats suivit de ‘Paul’ Gémayel et Abou Roy (Fawzi ‘Mahfouz’) qui étaient déjà sur place. Ils s’approchèrent de l’emplacement où, logiquement, Bachir devait se tenir pour présider la réunion.

Des sauveteurs enlevaient des blocs de béton et de la ferraille. L’un d’eux cria qu’il avait trouvé un autre corps. Frem eut l’impression que son coeur s’arrêtait de battre en reconnaissant malgré la poussière le bleu ciel du vêtement. Les deux jambes portaient une plaie ouverte sur les cuisses. Le visage écrasé était méconnaissable.

Frem remarqua l’alliance octogonale que portait le cadavre. Celle de ‘Bachir’. Paul Gémayel et Abou Roy, immobile, ne pou­vaient détacher leurs regards du corps. Les sauveteurs le déga­gèrent complètement et le déposèrent sur un brancard sans l’identifier. Les trois hommes regagnèrent la rue en silence.

Sans se consulter, ils turent leur découverte pour éviter de transformer l’énervement ambiant en hystérie collective. Fady ‘Frem’ rejoignit ‘Madi’ et ‘Boustani’ et leur glissa d’une voix sourde,

– Nous l’avons retrouvé, en leur montrant du menton la civière que l’on plaçait dans une ambulance.

– Je veux le voir ! cria presque Zahi. Les cinq hommes montè­rent en voiture et suivirent le véhicule de la croix rouge alors que le jour finissait. Ils demandèrent aux médecins de l’hôpital de l’Hôtel Dieu de France de mettre Bachir dans une salle à part. Ils restèrent à ses côtés, pétrifiés, incapables de prononcer un mot, de faire un geste pendant plusieurs mi­nutes.

En sortant de la pièce, Frem exigea des médecins le si­lence le plus absolu et demanda que le corps soit nettoyé. Ils retournèrent à la quarantaine et entrèrent dans le bureau de ‘Bachir’ où ils savaient réunie toute la famille Gémayel. ‘Solange’, l’épouse du Président élu, figée, était assise dans le fau­teuil de son mari.

Le visage défait, Zahi s’approcha d’elle et l’embrassa. Tout le monde comprit. Sur le bureau se trouvait un message de Ménahem ‘Bégin’, adressé à Ba­chir, enté­rinant l’accord que le président élu avait passé avec Ariel Sharon à Bikfaya deux jours plus tôt.

Fady ‘Frem’, descendit dans la grande salle de réunion du Rez-de-chaussée dans laquelle s’étaient spontanément regroupés les membres du Conseil de Commandement des Forces Libanaises. Il leur confirma la mort de Bachir et leur annonça qu’il avait consigné toutes les unités dans leurs casernes.

Il se rendit ensuite dans la salle de réunion du nouveau bâtiment, un blockhaus de béton construit sur le côté Ouest de la cour d’honneur du Majliss. Il annonça la nouvelle à ceux qui s’y trouvaient, Elie ‘Hobeika’, Toto (Antoine ‘Bridi’), Fouad ‘Abounader’, Elie ‘Zayeck’, Poussy (Massoud ‘Achar’), Asso (Assad ‘Chaftari’) et Nazo (Nizar ‘Najarian’). (Pas de Samir Gea3ja3?)

Il y eut un long silence qu’Elie Hobeika interrompit en lâchant,

– Qui va prendre la relève ?

– ‘Amine’ son frère ! répondirent en coeur Fouad et Zayeck.

– Il n’y a qu’Amine pour prendre la relève ajouta le second.

–  Amine ! Jamais ! rejeta fermement Nazo, Il faut d’abord qu’il vienne vivre avec nous.

En apprenant la mort de Bachir, Mendy, Woody et Elie ‘Machahalani’, un des gardes du corps du président élu se préci­pitèrent à l’Hôtel Dieu de France.

Ils traversèrent les cou­loirs vides. Ils finirent par rencontrer un infirmier qui sans répondre à leur question leur indiqua une porte. Woody frappa doucement. Un médecin entrouvrit le huis et leur déclara,

– Il n’y a personne ici !

Le garde du corps, d’un coup d’épaule força l’entrée. Le corps de Bachir, allongé sur une table, était recouvert d’un drap. Machahalani découvrit le visage et éclata en sanglots. Le visage maintenu par des bandes qui enserraient la tête était tout juste reconnaissable.

‘Mendy’ se précipita à l’antenne du Mossad installée au bord de la mer, à Tabarja pour communiquer la nouvelle à Tel-Aviv.

Les radios libanaises diffusaient de la musique classique entrecoupée de nouvelles contradic­toires. Les unes annonçaient que Bachir avait été retrouvé sain et sauf, d’autres le disaient vivant mais blessé. Entre deux flashes toutes répétèrent le même communiqué, « Par ordre du commandant en chef, les combattants des Forces Libanaises ont interdiction absolue de circuler en armes, sans ordre de mission. Il sera également interdit de circuler en voiture dans Achrafieh demain à partir de 6 heures du matin ».

Pour éviter tout dérapage, Fady Frem avait mis l’ensemble de ses troupes en état d’alerte et les avait consignées dans leurs casernes. A minuit, Chaffic el-‘Wazzan, le premier ministre,’ annonça officiel­lement la mort de Bachir Gémayel. Il au­rait eu 35 ans le 10 no­vembre 1982.

Deux jours plus tard, le 16 septembre vers 17 heures 30, Habib Tanions ‘Chartouni’, 26 ans, était interpellé chez lui par un de ses cousins Elias ‘Chartouni’ ([8]), chefs de l’un des groupes du Jihaz el-A’men d’Elie ‘Hobeika’.

Il avait été dénoncé involontairement par sa soeur, qui hystérique hur­lait qu’elle devait la vie à son frère. Elle se trouvait dans le Markaz et ce dernier l’avait (quitte’) quelques secondes avant l’explosion. Ce détail alerta les enquêteurs.

Dans la soirée du dimanche 12 septembre, deux jours avant l’attentat, Chartouni avait déposé 35 Kgs de TNT, répartis dans deux sacoches, au second étage du bâtiment, dans l’appartement de ses grands-parents, où justement vivait sa soeur.

Bachir tenait ses réunions au premier. Habib Chartouni, après l’arrivée du président élu, avait télé­phoné à sa soeur, restée chez elle, en lui demandant de venir le rejoindre à l’hôpital où il venait d’être ad­mis après un ac­cident. Il avait attendu qu’elle s’éloigne pour appuyer sur le bouton qui, en activant le klaxon d’un modèle réduit de voiture de fabrication japonaise, actionnait le détonateur extrêmement sophistiqué de fabrication chinoise, de marque Chinowa provoquant l’explosion.

Sans même être interrogé, il fut remis par les Forces Li­banaise à ‘Amine’ Gé­mayel.

Ce dernier le confia à l’un de ses chefs de mi­lice « Tansa », responsable de la région de Douar dans le haut Metn, non loin de la ligne de démarcation qui séparait la zone tenue par les FL de celle tenue par les soldats syriens.

Habib Chartouni

Habib Chartouni, menotté, fut en­fermé dans le sous-sol d’une villa vide. Quelques heures plus tard, ayant dé­fait ses liens de fer, il s’échappa par un soupirail ouvert et disparut dans la nuit.

Il fut repris à l’aube, par des hommes d’Elie ‘Hobeika en faction au dernier bar­rage des Forces Libanaises, à Dhour Chouer, au moment où il passait dans la zone contrôlée par les Syriens,. ‘Char­touni’ fut ramené sur le champs au Mabna el-A’men. Il fut placé devant une caméra vidéo pour être interrogé.

Il expliqua posément et calmement qu’il était membre du Parti pro-syrien P.S.N.S.

– J’ai été contacté il y a trois ans, en 1979, au pavillon du Liban à la Cité Universitaire de Paris, par Nabil ‘Alam’, le pa­tron du service de renseignement du P.S.N.S. Il m’a demandé de rentrer dans son service parce que je suis chrétien d’Achrafieh.

La famille Chartouni n’était pas totalement inconnue du parti de l’idiologie que la Syrie esr une nation complete et que les Syriens (incluant les Libanais, Jordanien et Palestiniens formaient un seul peuple).

Le frère d’Habib, Georges dirigeait déjà une cellule du P.S.N.S en Italie. Leur père ([9]) était propriétaire d’un Laboratoire d’analyse médi­cale à l’Ouest, rue Clémenceau, non loin de la chancellerie française.

– J’ai été très vite détaché auprès de ‘Hawari’ (Sphinx) affirma Habib ‘Chartouni’.

Surnommé le Sphinx, Hawari ([10]) était avant tout le chef de la cellule « Organisation Aman el-Mandou­bine » ([11]) et avait pour adjoint un certain « capitaine Sadi ».

La structure et le rôle de cette cellule avaient été mis au point par un étudiant en droit gauchiste Fouad ‘Chémali’ ([12]).

En fonction de ses possibilités, chaque parti palesti­nien et progressiste devait fournir à l’ »‘Organisation Aman el-Mandoubine’ » des renseignements, des moyens technique, du matériel ou des hommes.

Ces derniers, ve­nus de différents horizons, devaient pouvoir « travailler » dans leur environnement d’origine.

Ainsi les maronites « traitaient » des objectifs dans les zones chrétiennes, les sunnites fai­saient de même dans la leurs et ainsi de suite. Cette méthode permettait une infiltration plus sûre mais aussi elle avait pour objectif de « brouiller les pistes ».

L’enquête effectuée sur l’Organisation permit d’arrêter deux Chrétiens Joseph ‘Kazazian’ et Nazih ‘Chaya’ qui,  en février 1980, avaient placé une voiture piégée près du Palais Bustros ([13]) pour assassiner Bachir Gémayel.

L’explosion avait pulvérisé sa mercedes 280 verte dans laquelle se trouvaient sa fille Maya et deux gardes du corps. Ces deux hommes avaient, un temps, fait partie du groupe d’Elias Chartouni ([14]) et Nazih Chaya avait été renvoyé des F.S.I ([15]) en 1977.

l’ »Organisation Aman el-Mandoubine » agis­sait au profit de chacun de ses « fournisseurs », mais également à la demande de tous ceux qui payaient -très cher- ses ser­vices. Habib Chartouni avait été « donné », dans ce contexte, à l’ « Organisation » par le P.S.N.S qui fut tout surprit d’être directement impliqué dans l’assassinat de Bachir Gémayel.

Son leader, Inaam ‘Raad’ affirma, dans un communiqué, que le poseur de bombe ne faisait pas partie de son organisation.

En février 1983, sur ordre de Fady ‘Frem’ qui avait décidé de le faire juger pour le meurtre de Bachir, Habib Tanious ‘Chartouni’, avait été sorti des geôles des Forces Libanaises.

Il avait été présenté à la presse puis livré à des officiers de l’armée venu le chercher. Ils lui ont bandé les yeux et l’ont emmené au Ministère de la défense à Yarzeh dans une Ranch Roover aux vitres teintées, escorté à cinq autres véhicules identiques et un hélicoptère.

Le Co­lonel Salah ‘Mansour’ l’installa dans une cellule du 2ème Bureau situées dans le Bâ­timent N°2 du Ministère.

Le jour même, Chartouni fut présenté au Procureur Général militaire Assad ‘Germanos’ qui ouvrit une procédure judiciaire à son encontre. Il reconnut les faits sans aucune difficulté et répéta presque mot pour mot ce qu’il avait dit devant les caméras des F.L. Le procureur l’inculpa du meurtre du chef de l’Etat.

Amine Gé­mayel, élu entre-temps Pré­sident de la République à la place de son frère, fit peu de temps après, en Conseil des Ministres, dessai­sir la justice militaire du dossier Chartouni pour le confier à la Haute Cour, juridiction prévue par l’article 80 de la constitu­tion liba­naise, mais qui n’existait pas et qui n’a jamais existée ([16]).

Le Président Amine Gémayel n’a jamais expliqué cette étonnante décision qui a permis à l’assassin de son frère d’échapper à la justice

Immédiatement après la décision présidentielle Chartouni quitta les cellules du Minis­tère de la Défense en 1983 pour être transféré dans celles de la prison jouxtant la caserne des Commandos de l’Armée à Roumié.

Habib Tanios ‘Chartouni’ sera libéré avec les honneurs, le 13 octobre 1990, lors de l’entrée des troupes syriennes dans le Metn que dé­fendait le géné­ral Michel ‘Aoun’.

Vivant à Damas, présenté comme un héros, il donnera des conférences de presse et participera à de nom­breuses émissions de télévision.

Note 1: Pierre Gemayel  (pere) etait en alliance direct avec le mouvement Zionist depuis la formation de son partie “les Phalanges” en 1936, avant la creation de l’etat d’Israel en 1948. Ce partie recevait des fonts du Zionism durant les elections electoral et a essaye plusieur fois d’assassiner le leader Antoun Saade du partie Syrien National Social.

Note 2: Le Front Libanais etait directement soutenu par Israel durant la guerre civile (1975-89) et des visites respectives a Israel et au Liban etaient une affaire frequente et connue.

Destroyed Ancient Library of Alexandria: Knwoledge went in fume too 

An enormous amount of knowledge and effort went to waste when the Library of Alexandria was destroyed

 Ian Harvey

The Royal Library of Alexandria in Egypt was one of the largest and most important centers of learning and discovery in the ancient world.

Its holdings were valuable resources to the Pharaoh and allowed him to show off the wealth of Egypt to foreign powers. The library was created by Demetrius of Phaleron, a former Athenian politician and adviser to King Ptolemy I, and Soter, a Macedonian nobleman and one of the successor kings of Alexander the Great.

Dedicated to the Muses, the 9 daughters of Zeus and Mnemosyne who were protectors of the arts, it thrived under the sponsorship of the Ptolemaic dynasty.

Constructed in 280 BC, it not only managed an extensive collection of books and scrolls, but it also included lecture halls, classrooms, banquet halls, and extensive gardens.

It was surrounded by Greek columns that still stand today, and featured a covered walkway and rooms for group dining. The 13 lecture halls had a capacity of about 380 people each. One chamber contained shelves of papyrus scrolls with an inscription above the shelves reading, The place of the cure of the soul.”

The library was just one part of the Museum of Alexandria and was primarily assigned to learning and research. Additionally, the Museum accommodated the study of astronomy, anatomy, and zoology, and even had a zoo of exotic animals.

The classical philosophers who studied and experimented at the Musaeum included prominent intellectuals such as Euclid, Archimedes, Ptolemy, Aedesia, Pappus, and Aristarchus of Samos.

There’s been little opportunity to determine the collection’s size with confidence. Papyrus scrolls constituted much of the collection and books started to be popular only after around the 4th century.

Just a few chapters could take up several scrolls and the material reproduced into books was part of the editorial work. It is believed King Ptolemy II Philadelphus (309–246 B.C.) set as a goal for the library that 500,000 scrolls would be copied. At its pinnacle, the library held, according to estimates, as many as 400,000 scrolls – a collection that required immense storage space.

The library acquired some of its collection by the painstaking copying of original scrolls. Unfortunately, copying eventually leads to errors and the libraries insisted upon caring for the originals.

According to Galen of Pergamon, a prominent Greek physician, surgeon, and philosopher in the Roman Empire, books found on incoming ships were taken to the library and listed as “books of the ships.

After official scribes had copied them, the originals were kept in the library, and the copies were given back to the owners.

Verified copies made for scholars, royalty, and wealthy patrons provided income for the library. In turn, the library attracted international scholars with travel, lodging, and stipends for their families.

This Latin inscription regarding Tiberius Claudius Balbilus of Rome (d. c. AD 79) mentions the “ALEXANDRINA BYBLIOTHECE” (line eight).

Galen wrote that Ptolemy III once asked the Athenians for permission to borrow some original scripts, most notably those of Euripides, Sophocles, and Aeschylus. The Athenians asked for a deposit of the large sum of fifteen talents (1,000 pounds) of a precious metal. Ptolemy III paid the deposit, but he kept the original scripts and gave the Athenians copies.

The editors at the Library of Alexandria were known for their work on Homeric texts.

Many famous editors held the title of head librarian, including Zenodotus, Apollonius of Rhodes, Eratosthenes, Aristophanes of Byzantium, and Aristarchus of Samothrace.

Needing to protect the scrolls and improve the patronage, Athenian scholars began looking for a more secure place for the library in the early 2nd century BC. In 145 BC Ptolemy VIII removed all foreign scholars from Alexandria.

Around 48 BC, Julius Caesar is said to have seized the city and set fire to enemy ships in the harbor. The fire spread and destroyed the buildings closest to the harbor, including the library.

The library remained viable to a degree until its contents were completely lost when Emperor Aurelian (270–275 AD) captured the city. During the battle, the area of the city in which the main library was located was ruined.

5th-century scroll which illustrates the destruction of the Serapeum by Theophilus

Pagan worship was outlawed by an edict of Emperor Theodosius I in 391 AD, and Patriarch Theophilus closed the temples of Alexandria.

Socrates describes how all pagan temples in Alexandria were destroyed, including the Serapeum, which at one time housed a part of the Great Library. (Which Socrates is this?)

After the library had been destroyed, scholars used a “daughter library” in the Serapeum temple in another part of the city. According to Socrates, Pope Theophilus of the Orthodox Christian church destroyed the Serapeum in 391 AD, but it is unknown if it contained any of the significant documents from the main library.

Note 1: Christian Rome of the 6th century ordered burning of scholar books and prohibited further copying of books by priests on account that since Faith is required only, then why to learn and know more?

Note 2: The Jewish Talmud was written and fabricated in Alexandria during the existence of the Library in around 200 BC in order to give credence and identity to their origin, kind of having a history. Most of the accounts were stories and customs of the Land (Phoenicia, Babylon, Syria…) and of Egypt. They were bedwin with no trace of civilization

Here is another story from us: The Greek engineer Ctesibius of Alexandria is credited with inventing the pipe organ in the 3rd century B.C. and improving the clepsydra, the most accurate clock for more than 1,800 years

Carlos Slim, Mexico’s wealthiest businessman

Note: Carlos was the #1 wealthiest person 4 years ago, before being relegated by Bill Gates and now Amazon Jeff Besos. He visited Lebanon 5 years ago, but the civil war mafia “leaders” tried to extort him of advanced payments to projects he had in mind

Late President Shimon Peres met Mexico’s wealthiest businessman Carlos Slim Wednesday.

Peres is on a state visit to Mexico, heading a delegation of 80 top Israeli executives that is seeking to deepen economic, diplomatic and security cooperation between the two countries.

Peres said, “The fact that Israel did not have natural resources led us to rely on and nurture our human resources and encourage young people in Israel to dare, to break through barriers, and to think big.”

Peres extended an invitation to Slim to come to Israel at the head of a delegation of his senior executives and see at first hand the technological developments that Israel has to offer.

Slim said that he was touched to receive such an invitation and will be happy to visit Israel. He added, “Technology is the engine of the present era and the Slim Group will be happy to take part in additional investments in Israel. We like to have our finger on the pulse of everything regarding new technologies and I know that in this Israel is a world leader, so we are interested in Israeli developments. I’m glad that through our connection and friendship the opportunity was created for this unique visit here by the Israeli delegation to Grupo Carso.”

Earlier this month, Slim’s América Móvil SAB de CV made a strategic investment in mobile social networks photo and video-sharing platform Mobli Ltd. as part of the Israeli start-up’s $60 million financing round.

A few saying of Malcolm X

 

Iranian Mathematician Maryam Mirzakhani,

First Woman to Win the Fields Medal,

Dies at 40 of breast cancer in the U.S.

Mirzakhani was revered for her Fields Medal-winning work on complex geometry dynamical systems and paving an illustrious path for women in mathematics

“This is a great honor,” she was quoted as saying in 2014. “I will be happy if it encourages young female scientists and mathematicians.”

 

Maryam Mirzakhani at a press conference after the awards ceremony for the Fields Medals
Maryam Mirzakhani at a press conference after the awards ceremony for the Fields Medals at the International Congress of Mathematicians 2014 in Seoul on August 13, 2014.

Maryam Mirzakhani, Iranian-born mathematician and the first woman to receive the prestigious Fields Medal for mathematics, has died in the U.S.

The Fields Medal was established in 1936, and Mirzakhani became both the first woman and first Iranian to receive the award for her work on complex geometry and dynamical systems in 2014.

The distinguished prize, often nicknamed as the “Nobel Prize for Mathematics,” is only awarded every four years to between two and four mathematicians under 40. 

“A light was turned off today. It breaks my heart… gone far too soon,” her friend, NASA scientist Firouz Naderi, posted on Instagram

Mirzakhani was born in Tehran and lived there until she began her doctorate work at Harvard University, later taking a professorship at Stanford University.

She had dreamed of becoming a writer when she was young, she said, but instead pursued her enthusiasm for solving mathematical problems.

“It is fun – it’s like solving a puzzle or connecting the dots in a detective case. I felt that this was something I could do, and I wanted to pursue this path,” she said after receiving the Fields Medal.

Mort de Simone Veil, icône de la lutte pour les droits des femmes

L’ancienne déportée, ancienne ministre de la santé et femme politique, est décédée à l’âge de 89 ans.

Par Anne Chemin LE MONDE | 30.06.2017

Simone Veil est morte à l’âge de 89 ans, a fait savoir sa famille vendredi 30 juin.
L’ancienne déportée incarne – à sa manière – les trois grands moments de l’histoire du XXe siècle : la Shoah, l’émancipation des femmes et l’espérance Européenne.
Au cours de sa vie, Simone Veil a en effet épousé, parfois bien malgré elle, les tourments d’un siècle fait de grandes désespérances mais aussi de beaux espoirs : elle fait partie des rares juifs français ayant survécu à la déportation à Auschwitz, elle symbolise la conquête du droit à l’avortement et elle est l’une des figures de la construction Européenne.

L’énergie d’une survivante

Dès son retour en France, Simone Veil défie en effet le temps et les hommes avec la stupéfiante énergie d’une survivante. « Elle a toujours eu un instinct vital très fort, comme si elle voulait inscrire son nom et celui de sa lignée dans la pierre, constate l’ancienne députée (UMP) Françoise de Panafieu.

Quand on a survécu au plus grand drame du XXe siècle, on ne voit évidemment pas la vie de la même manière. Les enfants, le travail, la politique : elle a tout fait comme si elle défiait la mort.

Elle voulait être exemplaire aux yeux de ses enfants, de ses proches et surtout, de tous ceux qu’elle a perdus. »

A peine rentrée des camps, Simone Veil s’inscrit à Sciences Po, se marie, élève trois garçons et décide d’appliquer sans délai le principal enseignement de sa mère : pour être indépendante, une femme doit travailler.

Au terme d’un rude débat conjugal, Antoine Veil finit par transiger à condition que sa femme s’oriente vers la magistrature.

Simone Veil évolue dans les milieux du Mouvement républicain populaire (MRP) dont son mari est proche, mais son cœur penche parfois à gauche : elle s’enthousiasme pour Pierre Mendès France, glisse à plusieurs reprises un bulletin de vote socialiste dans l’urne et s’inscrit brièvement au Syndicat de la magistrature.

En mai 1968, elle observe avec bienveillance la rébellion des étudiants du Quartier latin. « Contrairement à d’autres, je n’estimais pas que les jeunes se trompaient : nous vivions bel et bien dans une société figée », écrit-elle.

Lors de la présidentielle de 1969, elle vote pour Georges Pompidou… sans se douter qu’elle intégrera bientôt le cabinet du garde des sceaux. Elle devient ensuite la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, puis, la première femme à siéger au conseil d’administration de l’ORTF.

« Nos parents étaient assez atypiques, note son fils Jean Veil. Ma mère travaillait alors que celles de mes copains jouaient au bridge ou restaient à la maison. »

« Nous habitions place Saint-André-des-Arts et quand elle était à la chancellerie, elle revenait déjeuner avec nous à midi, à toute vitesse », raconte Pierre-François Veil. « Et on finissait souvent de manger sur la plate-forme du bus parce qu’on était en retard ! ajoute son frère Jean. Notre mère n’était pas très exigeante sur le plan scolaire. Ses exigences portaient plutôt sur le comportement et la morale. Ce qu’elle ne voulait pas, c’est qu’on reste à ne rien faire. Ça, ça l’énervait beaucoup. »

« Nous ne pouvons plus fermer les yeux »

Car Simone Veil a la passion de l’action, pour ses enfants comme pour elle-même. Elle est bien vite servie.

Un jour de 1974, le couple Veil dîne chez des amis lorsque la maîtresse de maison demande discrètement à Simone Veil de sortir de table : le premier ministre Jacques Chirac souhaite lui parler au téléphone. « Il m’a demandé si je voulais entrer au gouvernement pour être ministre de la santé, racontait-elle en 2009. J’étais magistrat, la santé, ce n’était pas la chose principale de mon existence mais après de longues hésitations, j’ai fini par accepter tout en me disant : “mon Dieu, dans quoi vais-je me fourrer ?” Pendant plusieurs semaines, je me suis dit que j’allais faire des bêtises. Au pire, on me renverrait dans mes fonctions ! »

La tâche de la toute nouvelle ministre de la santé s’annonce rude : le Planning familial s’est lancé dans la pratique des avortements clandestins.

Le prédécesseur de Simone Veil à la santé, Michel Poniatowski, la prévient qu’il faut aller vite. « Sinon, vous arriverez un matin au ministère et vous découvrirez qu’une équipe squatte votre bureau et s’apprête à y pratiquer un avortement… » Simone Veil présente très rapidement un texte pour autoriser l’IVG, qui lui vaut des milliers de lettres d’insultes.

« A cette époque, certains de ses amis ne voulaient plus la recevoir, d’autres ont cessé de lui adresser la parole, raconte Françoise de Panafieu, dont la mère, Hélène Missoffe, était secrétaire d’Etat à la santé dans le même gouvernement. On imagine mal, aujourd’hui, la violence des débats. »

Le 26 novembre 1974, alors que des militants de Laissez-les vivre égrènent silencieusement leur chapelet devant le Palais-Bourbon, Simone Veil monte à la tribune de l’Assemblée nationale pour défendre son texte :

« Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300, 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois et qui humilient ou traumatisent celles qui y ont recours. (…) Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir.

Les jeunes générations nous surprennent parfois en ce qu’elles diffèrent de nous ; nous les avons nous-mêmes élevées de façon différente de celle dont nous l’avons été. Mais cette jeunesse est courageuse, capable d’enthousiasme et de sacrifices comme les autres. Sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême. »

En réponse, le député René Feït fait écouter les battements du cœur d’un fœtus tandis que Jean Foyer (UDF) dénonce les « abattoirs où s’entassent les cadavres de petits d’hommes ».

Jean-Marie Daillet (UDF), qui dira plus tard ignorer le passé de déportée de Simone Veil, évoque même le spectre des embryons « jetés au four crématoire ». Le baptême du feu est rude, mais pendant les débats, Simone Veil s’impose comme une femme politique de conviction : Le Nouvel Observateur en fait la « révélation de l’année ».

Présidente du Parlement européen

Simone Veil passe cinq ans au ministère de la santé, un poste qu’elle retrouvera de 1993 à 1995 dans le gouvernement d’Edouard Balladur. Elle est alors au zénith de sa popularité : en 1977, lorsque Antoine Veil se présente sous les couleurs du RPR aux élections municipales, à Paris, les électeurs ne cessent de lui demander s’il est le « mari de Simone Veil ».

« Non, répond-il dans un sourire, c’est Simone Veil qui est ma femme… » Les collaborateurs de Simone Veil décrivent volontiers une femme exigeante, qui s’emporte facilement et supporte mal la médiocrité.

Dans ses Mémoires, Roger Chinaud, qui l’a vu un jour tempêter contre son directeur de cabinet, affirme que dans ce domaine, il ne lui connaît qu’un seul rival, Philippe Séguin.

En 1979, Valéry Giscard d’Estaing, qui aime les symboles, décide de faire de Simone Veil, qui vient d’être élue députée européenne, la présidente du premier Parlement européen élu au suffrage universel.

« Qu’une ancienne déportée accède à la présidence du nouveau Parlement de Strasbourg lui paraissait de bon augure pour l’avenir », écrit-elle.

Jacques Delors se souvient de l’élan de ces années-là. « Le Parlement européen faisait ses premiers pas, tout était neuf, tout était à inventer. Nous vivions dans les balbutiements d’une Europe enthousiaste mais Simone Veil a fait preuve, pendant sa présidence, d’une qualité rare : le discernement. Dès son discours d’intronisation, elle a souligné les difficultés de la construction européenne. »

Dans les années 1990, Simone Veil s’éloigne du monde politique pour se consacrer au Conseil constitutionnel.

A la fin des années 2000, elle se retire peu à peu de la vie publique : en 2007, elle quitte le Conseil constitutionnel, puis, quelques semaines plus tard, la présidence de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

Son mari et sa sœur sont décédés, elle vit au pays des souvenirs – celui de ses proches, bien sûr, mais aussi celui des morts de la Shoah. « Je sais que nous n’en aurons jamais fini avec eux, écrivait-elle. Ils nous accompagnent où que nous allions, formant une immense chaîne qui les relie à nous autres, les rescapés. »

Note: I watched an exhaustive documentary on Simone last night. For 3 days, she sat in the parliament to defend her abortion law, listening to the deputies who lambasted her for reverting to Nazi activities of killing and burning avorted babies. I cannot believe that many of them were ignorant that she is a survivor of concentration camps.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/06/30/mort-de-simone-veil-icone-de-la-lutte-pour-les-droits-des-femmes_5153554_3382.html#30uBjvMw8BLXLBHF.99


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