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CEDRE: Une analyse détaillée du plan d’aide au Liban

Par François El Bacha – 12 avril 2018

La conférence d’aide au Liban est un succès indéniable, pays récipiendaire de l’aide économique accordé par 51 pays et organisations pour plus de 11 milliards de dollars de prêt à taux réduits et un peu moins de 500 millions de dons, alors qu’il n’en attendait plus que 5 à 7 milliards de dollars contre 25 milliards de dollars lors des premiers préparatifs de cette rencontre. (How low is this interest rate? We are already paying 7.5% on $80 bn)

Il reste qu’il est important de noter quelques points sur lesquels les libanais devront rester vigilants. (Quelque points? From where should we start to be vigilant? Is anything functioning in the last decade?)

Le Liban parait ainsi être mis sous tutelle économique par la communauté internationale (back to mandated power) sans aucun pouvoir décisionnaire en rapport avec ses choix puisque les pays donateurs ont fait part de conditions à accorder ces prêts, notamment dans le domaine de la gouvernance et de la lutte anticorruption et alors que se multiplient les mauvaises nouvelles par rapport à l’état de santé de son économie.

Pour l’essentiel, la situation économique libanaise s’explique en terme général par une mauvaise gestion et une mauvaise gouvernance. (Bad governance? Bad managing procedures? Say it loudly and clearly: highway robbery of the militia leaders in power)

En effet, le Liban connaissait préalablement au conflit syrien une croissance estimée entre 7 à 10%, mais cette croissance était générée par des secteurs cycliques comme le BTP – généralement utilisant une main-d’œuvre non libanaise et sous qualifiée et donc ne bénéficiant pas à la population en générale – et il était totalement absurde de vouloir par exemple relancer un secteur cyclique par l’injection en 2013 de 5 milliards de dollars au lieu de créer d’autres opportunités dans des secteurs différents utilisant un Know-How local et avec une valeur ajoutée plus élevée dans les domaines des nouvelles technologies par exemple.

Mais ces mauvaises nouvelles sont en fin de compte que le sommet de l’iceberg que tentaient de cacher les autorités libanaises durant bien des années! Il ne s’agissait même pas d’avoir un diplôme en économie pour comprendre que le Liban vit au-dessus de ses capacités économiques, dans un luxe qu’il ne peut se permettre alors que se creusait de manière incontrôlables les déficits publics, alors que les budgets de 2005 à 2016 n’étaient même jamais officiellement adoptés et n’avaient jamais fait l’objet d’un audit public comme cela est pourtant prévu par la constitution. (Since when the Constitution was a difficult hurdle to bypass?)

Parmi les fonds ainsi dilapidés sans contrôle, ceux accordés en 2007 lors de la conférence Paris III.

Un tel mauvais exemple augurait du pire pour la communauté internationale appelée à la rescousse et pourtant CEDRE qui aurait dû à l’origine être nommée Paris IV. Cette conférence a pu être organisée avec succès pour certaines raisons comme l’a spécifié son hôte, le Président Français, Emmanuel Macron.

On ne peut lâcher le Liban, frappé par « la tragédie cruelle du conflit syrien », les tensions entre les puissances locales, allusion à l’Arabie Saoudite et à l’Iran, le conflit israélo-palestinien, et de souligner la nécessité de garder « un Liban pacifique, pluraliste et harmonieux ». (Lebanon has always been well when Syria is well. Fact is, as France is constantly trying to destabilize Syria, so Lebanon suffer)

Il estime qu’un Liban fort est une condition essentielle à la Paix dans la région moyen-orientale, donc pour des raisons plutôt politiques et géostratégiques qu’intrinsèquement économiques.

Le rapport CEDRE fait d’ailleurs une large part aux impacts sectoriels de l’importante présence de réfugiés syriens. Les données manquantes du Plan CEDRE UN CATALOGUE DE PROJETS ET NON UN PLAN DE GESTION DE LA DETTE ET DE PRÉVISION DE LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Si on examine attentivement les documents présentés dans le cadre de la conférence CEDRE, il est étonnant que, s’agissant d’un plan visant à mettre fin au cycle de l’augmentation des dettes publiques, nous n’ayons aucune donnée concernant les projections de croissance, les prévisions à court, moyen et long terme de la dette publique.

Ces données sont tout simplement absentes. Le plan CEDRE semble être formulé comme un catalogue de différents projets offerts à la communauté internationale pour exécution et non comme un plan qui s’adresse à régler des problèmes sociaux et économiques de la population libanaise.

Il peut y avoir plusieurs raisons à une telle absence.

Le Liban souffre malheureusement d’un défaut d’accessibilité à de nombreuses données économiques. Peut-être ne disposons-nous même plus de ces données? Cela est peu probable.

Les investisseurs étrangers souhaitant investir au Liban exigeront précisément ces données pour l’élaboration de leurs plans d’investissement. Les autorités politiques ont fait appel non pas à des économistes pour rédiger ce rapport mais à des spécialistes de chaque ministère impliqués et cela sans coordination entre eux d’où l’impossibilité de quantifier les données en général par exemple, ce qui est plus probable puisque le CDR a mandaté chaque ministère pour les différentes parties du rapport.

Or, un ingénieur peut certes rédiger un appel d’offre mais on peut douter qu’il sache gérer une dette publique.

C’est toute la problématique qui a abouti à ce que le Liban ait 150% de taux de dette par rapport au PIB.

Il ne s’agit non pas d’économistes ou d’experts économiques qui ont géré jusqu’à maintenant les projets de l’état mais des statisticiens ou des ingénieurs pour les plus qualifiés.

Les autorités politiques ne souhaitent pas qu’on puisse dévoiler la réalité de la situation actuelle, donc les véritables données concernant les taux de croissance, les taux de chômage, le nombre de réfugiés syriens ou étrangers présents, etc… pour des raisons politiques.

Cela est très probable et selon certaines sources, le gouvernement libanais aurait également demandé à la Banque Mondiale de ne pas publier précisément ce genre de données.

DES EMPLOIS GÉNÉRALEMENT SOUS-QUALIFIÉS

Par ailleurs, il n’y a aucune étude d’impact social de ces projets qui sont pourtant destinés à relancer l’économie libanaise notamment en luttant contre le chômage. La plupart des projets demandant à être exécutés nécessitent une main-d’œuvre sous qualifiée généralement étrangère.

Ces infrastructures, selon la logique du plan CEDRE et en théorie, devraient créer par la suite des emplois à forte valeur ajoutée pour les Libanais.

On peut donc s’interroger sur les déclarations du Premier Ministre faisant état de la création de 900 000 emplois au Liban (durant 10 ans).

S’agit-il en général , d’emplois pour les libanais ou pour d’autres communautés présentes sur le territoire national et s’il s’agit d’intégrer économiquement, comme par exemple les réfugiés syriens.

Ce qui semble être formulé est qu’on essaye de relancer l’économie libanaise avec la composante d’une dépense publique via des prêts à taux fort heureusement réduits – alors que l’état demeure largement endetté en espérant relancer ensuite les investissements privés avec les partenariats publics-privés puis les dépenses privées.

Cette politique est risquée. Cette politique est d’autant plus risquée qu’elle amène à un autre élément absent à ce rapport: la politique monétaire.

Or, pour relancer les investissements privés, il est nécessaire de diminuer les taux d’intérêts afin de rendre attractifs de tels investissements. Ce manque confirme que ce plan n’a tout simplement pas été, à priori, correctement préparé par des économistes et on risque au contraire d’alourdir la dette publique au lieu de la réduire par la création d’une croissance, non pas en court et moyen terme mais au long terme.

Une politique de résilience économique psychologique et non réelle.

Nous pouvions nous douter que la politique de résilience tant mise en avant par les autorités politiques et monétaire libanais n’était que psychologique et non basée sur des éléments économiques factuels.

Ces mêmes autorités démentaient au grand cri toute crise de l’immobilier, promettaient des augmentations inconsidérées des salaires tant des employés privés que des fonctionnaires publics et cela en l’absence de toute possibilité de recours à une dévaluation de la Livre Libanaise en raison de la dollarisation malheureuse de notre économie.

Concrètement, depuis la fin de la guerre civile en 1990, le Liban a commis de nombreuses erreurs dans la gestion de son économie, tout d’abord avec la dollarisation de cette dernière qui nous a privé d’une arme redoutable – la dévaluation – pour réduire les déficits publics, avec la formulation au temps du gouvernement Rafic Hariri en 1993 du plan Horizon 2000 en favorisant le BTP et le tourisme dans une région instable, au détriment de l’industrie.

Les opportunités de mise en place de structures dans ce qu’on appelait à l’époque la Nouvelle Économie existaient mais les structures de production électrique et en terme de communication étaient déficientes et n’ont pas pu bénéficier des investissements adéquats pour être remises à niveau en raison – déjà – de la corruption et de la distribution de parts entre les différents pôles politiques. (Meaning among the militia leaders of the civil war who remained in power)

Et cela sans même évoquer la corruption latente, certains estimant que jusqu’à 3 milliards de dollars seraient ainsi détournés des fonds publics alors que le déficit public pour 2018 serait estimé à 4.58 milliards de dollars – soit tout de même presque 10% du PIB – contre 5.37% comme précédemment estimé suite à une décision de réduire les budgets des administrations publiques de 20%.

LE PÉTROLE, UNE RICHESSE POUR L’HEURE THÉORIQUE

Il s’agit là, d’autant d’opportunités dont le Liban a, malheureusement, raté le coche alors qu’on nous propose un miracle économique sous la forme d’une exploitation du gaz et du pétrole qui seraient présents dans notre zone maritime économique.

Sauf que ce n’est qu’en creusant qu’on démontre qu’il y est vraiment présent. Il s’agit donc, pour l’heure, d’une richesse théorique d’autant plus que même en cas de découverte, on ne pourra que les exploiter que 5 ans après puisqu’il faut mettre en place les infrastructures nécessaires notamment au niveau acheminement et transformation et non en 2019 comme certains le prétendent. (Actually, Cyprus is intent on establishing its gas infrastructure on Lebanon shore in order to keeping its shores for the tourists)

Un état en faillite financière et morale Le Liban est un état certes en faillite financière, les chiffres des déficits publics le montrent aujourd’hui sauf que la communauté internationale n’a pas d’autres choix vu les raisons géopolitiques que d’assumer cette faillite.

Cette faillite est aussi morale avec l’échec de l’état dans la fourniture des éléments les plus fondamentaux à sa population, comme l’électricité, l’eau, la gestion assainie des ressources et des ordures voir même de la santé publique.

Face à cette gabegie publique et le non-respect des engagements pris par le Liban au cours des conférences d’aides Paris I, Paris II puis Paris III, notamment dans la privatisation de certaines institutions comme celle de l’EDL, les autorités libanaises n’ont plus d’autre choix alors que le Pays revêt une importance géopolitique et géostratégique considérable non seulement par la présence d’une importante communauté de réfugiés syriens mais également par la possibilité d’utiliser le Liban comme plateforme économique dans la reconstruction de la Syrie.

Cette mise sous tutelle par la communauté internationale s’impose malheureusement désormais par l’incapacité donnée aux Libanais de se débarrasser d’une classe politique corrompue.

Oui, le Liban est techniquement en faillite et cela depuis fort longtemps parce que nous n’avons pas pu bien gérer notre économie sur plusieurs points.

Tout d’abord, l’absence de vision stratégique avec une gérance et une gouvernance à court terme. Le Liban a parié au sortir de la guerre civile sur le BTP et sur le tourisme dans un environnement instable, en oubliant qu’il fallait également produire de la valeur rajoutée et donc favoriser l’industrie et notamment avec l’opportunité des nouvelles technologies et les services.

Cela n’a pas été le cas et au lieu de profiter de notre know-how local, nous l’avons forcé à s’expatrier.

Le deuxième paramètre de la mauvaise gérance a été celui de la mauvaise gestion des fonds publics avec une dilapidation de ces derniers sur des projets qui ne sont pas rentables et au détriment de projets rentables.

Le problème n’est pas d’avoir de la dette mais que les projets proposés aient des retours sur investissements supérieurs au service de la dette. Or, jusqu’à présent, l’état libanais a favorisé la fourniture de projets financièrement viables à des entités privées – généralement liés à ses hommes politiques – et jamais pour lui – sans même prendre en compte le problème de la corruption et des détournements de fonds, corruption estimée à 3 milliards de dollars à laquelle on pourrait facilement mettre fin et détournements de fonds fiscaux, 4.2 milliards de dollars dont 2 facilement « rattrapables », dont près de 5 milliards de dollars de revenus annuellement sans même avoir besoin de CEDRE.

Un secteur privé appelé à la rescousse mais …

Également, le programme d’investissement présenté requiert un large effort du secteur privé, qui jusqu’à présent était réticent à la relance de l’économie par rapport aux risques économiques mais parce qu’il y avait plus de facilité à garder les fonds bien au chaud dans les banques que de les investir en raison des forts taux d’intérêts.

Cela est vrai pour les personnes et également pour les institutions financières. Si on examine les taux de liquidité des banques libanaises qui devraient être les premiers partenaires dans la relance de l’économie, on notera que ces taux sont hauts, de l’ordre de 50% pour certains établissements à 78% pour d’autres.

Ce qui pose la question de leur rentabilité. Cependant, outre le cash, ces taux de liquidités prennent également en compte les investissements sous forme de Bons du Trésor qui est elle-même de la dette pour l’état.

Il s’agit donc de réduire la dépendance de l’état vis-à-vis de cette source de financement notamment par la diminution des taux d’intérêts via par exemple un recours à d’autres sources qui peuvent être intégrées aux prêts fournis par CEDRE afin que les établissements bancaires, libérés, puissent se saisir de nouvelles opportunités cette fois-ci en investissant non pas dans du BTP ou dans les bons du trésor mais dans des partenariats sous forme de projets économiques par exemple de type industriel.

Encore faudra-t-il que ces derniers offrent un retour sur investissement plus élevés que les taux d’intérêts à risque identique.

Tout l’enjeu sera là. Est-ce que l’état et le gouvernement pourront garantir ces investissements pour ce faire? Un manque cruel de volonté d’une classe politique moribonde sauvée par l’aide internationale

La lutte contre la corruption est donc nécessaire et au regard des « pratiques » usitées lors des précédents plans Paris I, Paris II et Paris III en raison de détournements de fonds publics par une classe politique également affairiste et dont elle était l’une des principales bénéficiaire au détriment de la population.

Si crise des ordures il y a eu, si mobilisation populaire il y a eu, c’était avant tout parce que le Liban apparait comme l’un des pays où la transparence financière des autorités et des administrations publiques est quasi-inexistantes et où le sentiment de corruption des administrations publiques est l’un des plus importants au Monde et cela n’est pas sans réalité, puisqu’on en connait le coût pour les finances publiques.

Mais on manque de volonté politique pour le faire et CEDRE sert en fait à stabiliser une classe politique libanaise qui est totalement rejetée en interne pour plusieurs raisons: Les réfugiés syriens qu’il faut garder au Liban – il y a eu là, une sorte de chantage de notre classe politique vis-à-vis de l’Europe et portant notamment sur le fait que si le Liban craque, ces réfugiés déferleront sur le continent européen; L’utilisation des infrastructures libanaises et notamment sur lesquelles CEDRE s’appuie (Port et aéroport, chemin de fer vers la Syrie à partir de Tripoli, base logistique à l’aéroport Klayat qui est une absurdité) dans le cadre de la reconstruction de la Syrie par des entreprises occidentales.

Le Liban serait à ce moment-là, le proxy pour commercer avec la Syrie indirectement en raison des sanctions économiques et jouerait le même rôle que le Qatar ou que Dubaï avec l’Iran.

Mais est ce qu’on en a la volonté politique alors que le Liban a risqué de jouer le rôle du champ de bataille dans le bras de fer entre l’Iran et l’Arabie Saoudite Des problèmes géopolitiques pour appliquer certains volets du Plan CEDRE Un certain nombre de points amènent à penser qu’il faille remettre la politique étrangère du Liban en cause.

Tout d’abord parmi les projets d’infrastructure, certains semblent être intéressants mais toujours est-il qu’il faille noter certaines choses.

Par exemple, nous pouvons noter plusieurs exemples de problématiques de politique étrangère.

Construire un port pour paquebots à Jounieh peut amener des touristes au Liban mais le Pays des Cèdres est actuellement exclu par les tours opérators de ces compagnies en raison du boycott des touristes ayant un visa israélien sur leur passeport. (Ou est le probleme ici? La constitution nous defend d’avoir des relations avec Israel et qui ne constitue pas un facteur majeur pour notre tourism)

Pourra-t-on par exemple remettre en cause la politique de boycott de l’état hébreu pour acheminer des paquebots? De même au niveau infrastructure, peut-on plutôt penser à diminuer le coût en utilisant des structures actuelles comme le port de Beyrouth au lieu d’en créer de nouvelles qui puisse est, redondante, dans le cadre de la gestion et de la diminution des déficits publics alors que le gouvernement a déjà décidé d’une politique d’austérité des administrations publiques?

Ou s’agit-il simplement d’un équilibre communautaire si cher à respecter au sein du Liban avec des infrastructures à construire dans les zones chrétiennes et musulmanes?

Construire un chemin de fer entre Tripoli et la Syrie nécessite un accord avec la Syrie, tout comme l’utilisation de l’aéroport de Kleyaat nécessite également un tel accord puisque l’orientation des pistes fait qu’un avion civil qui souhaite y atterrir devrait passer en territoire syrien.

La discussion avec le régime syrien est donc nécessaire dans la mise en œuvre de ces 2 projets. Or, le gouvernement actuel refuse pour certaines raisons, de discuter avec Damas.

Lire la suite: https://libnanews.com/cedre-aide-economie-liban/


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