Adonis Diaries

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Palestine : le mirage d’une démocratie sous occupation

20 mars 2021

Par Ramzy Baroud

De nombreux intellectuels et analystes politiques Palestiniens se retrouvent dans la position peu enviable d’avoir à se prononcer sur le fait de soutenir ou non les prochaines élections palestiniennes qui sont prévues les 22 mai et 30 juillet. Mais il n’y a pas de réponse aisée.

Le décret tant attendu du chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas en janvier dernier pour la tenue d’élections législatives et présidentielles dans les prochains mois, a été largement salué, non pas comme un succès pour la démocratie mais comme le premier résultat positif et tangible du dialogue entre les organisations palestiniennes rivales, principalement le Fatah [le parti d’Abbas] et le mouvement Hamas [la résistance islamique].

Concernant le dialogue interne palestinien, les élections, si elles se déroulent sans obstruction, pourraient laisser espérer que les Palestiniens des territoires occupés bénéficieront enfin d’un certain degré de représentation démocratique, un premier pas vers une représentation plus complète qui pourrait inclure les millions de Palestiniens vivant hors des territoires occupés.

Les forces israéliennes ont mené un exercice d’entraînement à proximité et à l’intérieur des villages de la région de Masafer Yatta, Cisjordanie, le 3 février 2021.

L’activité militaire a causé des dommages aux infrastructures, aux terres agricoles et aux structures résidentielles, et a eu lieu dans une zone qu’Israël désigne comme zone de tir, bien qu’elle soit peuplée de nombreuses communautés, qu’il tente d’expulser depuis plus de 20 ans.

Les habitants disent que son intention est de faire pression sur la Haute Cour israélienne pour qu’elle sanctionne l’expulsion des communautés de leurs terres – Photo : Keren Manor/ActiveStills

Mais une attente même aussi minimaliste est assortie de nombreuses conditions :

* que les organisations palestiniennes honorent leurs engagements fixés dans l’Accord d’Istanbul du 24 septembre
* qu’Israël autorise les Palestiniens, y compris les habitants de Jérusalem, à voter sans entrave et s’abstienne d’emprisonner des candidats palestiniens
* que la communauté internationale dirigée par les États-Unis accepte le résultat des élections démocratiques sans punir les partis et les candidats victorieux [qui ne lui plairont pas]

(Generally, Democratic results that do Not match the desires of colonial powers are considered null and void)


* que les élections législatives et présidentielles soient suivies d’élections plus substantielles au Conseil national palestinien (PNC), le Parlement palestinien en exil – etc…

Il suffit que l’une de ces conditions ne soit pas remplie pour les élections de mai n’amènent aucun résultat pratique, à part donner à Abbas et à ses rivaux un vernis de légitimité, leur permettant de gagner du temps et d’obtenir encore plus de fonds auprès de leurs bienfaiteurs financiers.

Lire également : Élections palestiniennes : la démocratie pour personne

Tout cela nous oblige à nous poser la question suivante : la démocratie est-elle possible sous occupation militaire ?

Presque immédiatement après les dernières élections législatives palestiniennes – sous surveillance internationale et tenues en 2006 – dont le résultat a déplu à Israël, 62 ministres palestiniens et membres du nouveau parlement ont été jetés en prison, et beaucoup d’entre eux y sont toujours.

L’histoire se répète puisque Israël a déjà lancé ses campagnes d’arrestation des dirigeants et des membres du Hamas en Cisjordanie.

Le 22 février, plus de 20 militants palestiniens, dont des responsables du Hamas, ont été kidnappés [par les forces d’occupation], ce qui équivaut à un message très clair aux Palestiniens qu’Israël ne tient aucun compte de leur dialogue, leurs accords d’unité ou leur démocratie.

Deux jours plus tard, le dirigeant du Hamas, âgé de 67 ans, Omar Barghouti, a été convoqué par les services de renseignements militaires israéliens en Cisjordanie occupée et a été mis en garde contre une candidature aux prochaines élections.

« L’officier israélien m’a prévenu de ne pas me présenter aux prochaines élections et m’a menacé d’emprisonnement si je passais outre », a narré Barghouti à Al-Monitor.

La loi fondamentale palestinienne autorise les prisonniers à se présenter aux élections, qu’elles soient législatives ou présidentielles, simplement du fait que les plus populaires parmi les dirigeants palestiniens sont souvent derrière les barreaux. Marwan Barghouti est l’un d’entre eux.

Emprisonné depuis 2002, Barghouti reste le dirigeant le plus populaire du Fatah, plus apprécié des jeunes cadres du mouvement par opposition à la vieille garde d’Abbas.

Ce dernier groupe a énormément bénéficié du système corrompu de favoritisme politique sur lequel le « président » de 85 ans a construit son pouvoir.

Pour maintenir en place ce système vénal, Abbas et ses seconds-couteaux ont fait leur maximum pour marginaliser Barghouti, ce qui amène à suggérer que l’emprisonnement par Israël de ce dirigeant populaire du Fatah sert les intérêts de l’actuel chef de l’Autorité palestinienne [AP].

Lire également : Des élections en Palestine ne résoudront pas l’absence de stratégie pour une libération nationale

Cette idée a beaucoup de pertinence, non seulement parce qu’Abbas n’a guère fait pression sur Israël pour une libération de Barghouti, mais aussi parce que tous les sondages d’opinion dignes de foi démontrent que Barghouti est largement plus populaire parmi les partisans du Fatah – et tous les Palestiniens – qu’Abbas.

Le 11 février, Abbas a dépêché Hussein al-Sheikh, ministre des Affaires civiles et membre du Comité central du Fatah, pour dissuader Barghouti de se présenter aux prochaines élections présidentielles.

Le meilleur scénario pour le chef de l’AP serait de profiter de la popularité de Barghouti en faisant en sorte qu’il dirige la liste du Fatah aux élections pour le Conseil législatif palestinien (CLP). Ainsi, Abbas pourrait assurer une forte participation des partisans du Fatah, tout en se garantissant le poste de président.

Barghouti a rejeté sans équivoque la requête d’Abbas, représentant ainsi un défi inattendu pour Abbas, qui risque à présent de voir se diviser les voix du Fatah, de perdre à nouveau les élections au CLP au profit du mouvement Hamas, et de perdre les élections présidentielles face à Barghouti.

Entre les raids toutes les nuits par l’armée israélienne et les intrigues politiques au sein du Fatah, on se demande si les élections – si elles ont lieu – permettront enfin aux Palestiniens de mettre en place un front uni dans la lutte contre l’occupation israélienne et pour la liberté des Palestiniens.

Il y a également la question de la position qu’adoptera la dite « communauté internationale » face au résultat des élections.

Les reportages parlent des efforts déployés par le Hamas pour obtenir des garanties du Qatar et de l’Égypte «pour s’assurer qu’Israël ne fera pas la chasse à ses représentants et candidats aux prochaines élections», comme le rapporte Al-Monitor.

Mais quel genre de garanties les pays arabes peuvent-ils obtenir de Tel-Aviv, et quelle influence peuvent bien avoir Doha et Le Caire alors qu’Israël continue de ne pas tenir compte des Nations Unies, du droit international, de la Cour pénale internationale, pour ne citer qu’eux

Néanmoins, la démocratie palestinienne peut-elle se permettre de rester dans un tel état d’inertie ?

Le mandat d’Abbas en tant que président a expiré en 2009, le mandat du CLP a expiré en 2010, et l’Autorité palestinienne n’a été créée qu’en tant qu’organe politique intérimaire dont la fonction aurait dû cesser en 1999.

Depuis lors, la «direction palestinienne» n’a plus de légitimité aux yeux des Palestiniens et son existence ne dépend que du bon vouloir de ses bienfaiteurs, pour lesquels la démocratie en Palestine est le cadet des soucis.

Le seul aspect positif de cette affaire est que le Fatah et le Hamas se sont également mis d’accord sur la restructuration de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), aujourd’hui largement monopolisée par le Fatah d’Abbas.

Que la refonte démocratique de l’OLP se fasse ou non, dépend en grande partie du résultat des élections de mai et juillet.

La Palestine, comme d’autres pays du Moyen-Orient et parmi eux Israël, connaît une crise de légitimité politique.

Étant donné que la Palestine est une terre occupée avec peu ou pas de liberté du tout, il est légitime de soutenir qu’une réelle démocratie dans d’aussi terribles conditions reste une chimère.

Ramzy Baroud

Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son dernier livre est «These Chains Will Be Broken: Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

10 mars 2021 – RamzyBaroud.net – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Striking for their first substantial raise in decades. Palestinian workers at the Yamit factory Nitzanei Shalom in a West Bank settlement near the city of Tulkarm

Danny Zaken Jan 14, 2021

The story of Israeli factories in the legally ambiguous West Bank industrial zones is one of economics and politics, and the coronavirus crisis has thrown its dynamics into stark relief as Palestinian laborers fight for the same salaries as their Israeli counterparts.

Israel Supreme Court ruled in 2007 that Israeli law applies to Palestinian laborers employed in Israel and in West Bank settlements.

Nine judges decided unanimously that the nationality of the workers could not be used as an excuse for employers to offer them working conditions that differ from those afforded to their Israeli counterparts.

The ruling applies to all Palestinian laborers working in Israel and in the settlements. Excepting:

It does not apply to the Nitzanei Shalom industrial park, built in the 1990s, soon after the signing of the Oslo Accords, near the Palestinian city of Tulkarm and along the separation fence.

The Yamit plant, which manufactures water filters for agriculture and home use, is located in this industrial zone and therefore not subject to the ruling or Israeli law in general.

Some 80,000 Palestinian workers enter Israel every day.

According to data provided by the Israeli Civil Administration, a branch of the Ministry of Defense that serves as a liaison between the Palestinians and the Israeli authorities, the workers earn an average of 6,000 shekels a month ($1,800).

While this amount is roughly the minimum wage for Israeli workers, it is about four times the average wage in the Palestinian territories.

Another 30,000 Palestinians work in the West Bank, mainly in industrial zones adjacent to Israeli settlements. A few more thousand work in construction.

According to the Civil Administration, the salaries of these working in West Bank settlements are only slightly lower than those of Palestinians working in Israel proper, averaging about 5,500 shekels ($1,750) per month. They are also eligible for the conditions and benefits provided by Israeli law such as pensions, sick pay and paid vacation time.

al-monitor Palestinian workers wearing masks against COVID-19 line up for a security check at the entrance to Israel’s Mishor Adumim industrial zone near the Maale Adumim settlement in the West Bank east of Jerusalem, on July 1, 2020. Photo by MENAHEM KAHANA/AFP via Getty Images.

A senior Civil Administration official told Al-Monitor that the income of these 120,000 workers amounts to more than a quarter of the total income in the West Bank in 2019.

That figure is even higher this year because of the pandemic, which has devastated the Palestinian economy. As Israel relies heavily on Palestinian laborers, particularly at construction sites, even at the height of infection waves, workers who would otherwise be in lockdown were allowed to enter Israel.

Never miss another story

The factory employs 80 Palestinians who earn between 5,000 and 6,000 shekels ($1,600 and $1,900) per month. Some of those workers have been at the factory for two decades or more and now that they have considerable professional experience, they want raises. They even organized as a union with the Israeli labor organization Maan.

Negotiations with the factory began last year, but they dragged on for months because of the coronavirus. Finally, the factory’s owner Ofer Talmi informed them that he could not meet their demands because of the economic crisis resulting from COVID-19. But the workers refused to concede.

On Dec. 31, 2020, they declared a strike. Surprised, Talmi sent an angry email to the head of Maan, Assaf Adiv, saying that he meets all the legal obligations to his workers. Then he added, “The Land of Israel belongs to the Jewish people. As a result, I am unwilling to have Palestinian workers with any connection to the state of Israel whatsoever.”

Furious about his response, the striking workers released the email to the Palestinian and Israeli media.

Halil Shihab, one of the striking workers, said, “We’ve been working for years for minimum wage. We are professionals and we get minimum wage. Now he says that he doesn’t want to give his employees basic conditions because they are Arabs — not because he can’t afford it.”

Realizing the magnitude of his mistake, Talmi released a letter in Arabic apologizing to his workers and warning that if the strike continues, he will be forced to close the factory. He promised them 1,000 shekels ($320) each if they returned to work and said that he would renew negotiations over pay.

“I want to apologize and take back what I wrote in my previous email about the right to the Land of Israel. It was written in a moment of extreme duress. … It is very hard for me to see the gates of our factory closed, since this could have serious implications on all of our livelihoods. We are in a difficult period and the strike hurts all of us. It threatens our very existence.”

According to the factory’s management, Adiv shared the first letter with anti-Israel organizations like the Boycott, Divestment and Sanctions movement, which has used it to attack Israel.

His motives, they say, were entirely political. Meanwhile, the factory’s owner told Al-Monitor, “Yamit has employed Palestinian workers for over 35 years now. It operates according to the law and grants them all sorts of rights and benefits, including better pay, pensions, sick pay and worker’s compensation.

Assaf Adiv of Maan is making cynical use of this difficult time, knowing that Yamit is contending with enormous difficulties because of the coronavirus, like so many other factories and industries in Israel and around the world. This attempt to interfere, supposedly on behalf of some ideology or other, causes enormous damage to the otherwise healthy working relations and genuine coexistence that has been a hallmark of this factory for years. ”

Adiv denied the accusation. In a conversation with Al-Monitor he said that all he wanted was to obtain better working conditions for experienced professionals.

If Talmi had just declared his willingness to raise their salaries once the crisis was over, the whole situation would have been resolved. Adiv also claimed that by never contributing to the workers’ pension fund, Talmi has saved millions over the years.

Ali, another worker at the factory, spoke to Al-Monitor about the conflict. Asking that his full name not be used, he said, “I am willing to forgive Ofer Talmi, but he needs to realize that we deserve more. If he really supports coexistence, let him show us that he is prepared for it. We would then help him get the factory through this crisis.”

If that happens, the industrial zone model could survive. If not, it may be in serious danger.

Read more: https://www.al-monitor.com/pulse/originals/2021/01/israel-palestinians-west-bank-nitzanei-shalom-oslo-accords.html#ixzz6jplOHHcN


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