Adonis Diaries

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Le « féminisme à la française », selon la sociologue Irène Théry

La chercheuse revient sur une définition qu’elle avait donné en 2011 sur une certaine façon, en France, de vivre la séduction.

Par Anne Chemin Le Monde | 

La sociologue Irène Théry a écrit en 2011 que le « féminisme à la française » était « fait d’une ­certaine façon de vivre et pas seulement de ­penser, qui refuse les ­impasses du politiquement correct, veut les droits égaux des sexes et les plaisirs asymétriques de la séduction, le respect absolu du consentement et la surprise délicieuse des baisers volés ».

Nous lui avons demandé si, aujourd’hui, elle reprendrait cette définition. Voici sa réponse.

« Oui, je la reprendrais, à la virgule près. Vous savez, il arrive que des sociologues polissent leurs phrases et c’était le cas de celle-ci, dont j’ai choyé chaque mot.

Féminisme “à la ­française” et pas féminisme “français”. Car je pensais à un seul parmi les nombreux courants parfois opposés qui coexistent en France : le ­féminisme universaliste, qui avait signalé ­quelque temps auparavant son scepticisme par rapport à la parité, un mal nécessaire certes très efficace, mais dont le risque est toujours d’essentialiser la différence entre hommes et femmes (y compris en la voyant comme le ­produit d’un conditionnement non pas naturel mais culturel) et d’enfermer chaque sexe dans une moitié d’humanité.

Photo prise le 8 décembre 1998, dans son bureau, de la sociologue Irène Théry, auteur du rapport "Couple, filiation et parenté aujourd'hui" remis aux ministres Martine Aubry et Elisabeth Guigou et qui devrait entraîner une importante réforme du droit de la famille. / AFP PHOTO / PIERRE VERDY

Un style

Or ce féminisme universaliste n’est pas ­seulement une théorie, c’est aussi autre chose, de plus impalpable : un style.

J’admire depuis toujours le chic de Mona Ozouf, si élégante comme personne, si attentive à l’écriture de ses livres et au verbe de ses conférences, témoins de la considération qu’elle porte à ses lecteurs et ­auditeurs. Un style tout de sobriété et d’une grande probité morale.

Sur le fond de la pensée, ce style consiste à ne jamais se contenter des diktats du moment, fussent-ils ­féministes, mais à rechercher toujours la justesse et la simplicité d’expression.

Seule une lucidité exceptionnelle, comme celle de Latifa Ibn Ziaten, transformant sa douleur en engagement après l’assassinat de son fils par Mohammed Merah, ou un long travail ­réflexif sur l’histoire…

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/01/le-feminisme-a-la-francaise-selon-la-sociologue-irene-thery_5250434_3232.html#HkibSBEk1UoOU2Ts.99

Mort de Simone Veil, icône de la lutte pour les droits des femmes

L’ancienne déportée, ancienne ministre de la santé et femme politique, est décédée à l’âge de 89 ans.

Par Anne Chemin LE MONDE | 30.06.2017

Simone Veil est morte à l’âge de 89 ans, a fait savoir sa famille vendredi 30 juin.
L’ancienne déportée incarne – à sa manière – les trois grands moments de l’histoire du XXe siècle : la Shoah, l’émancipation des femmes et l’espérance Européenne.
Au cours de sa vie, Simone Veil a en effet épousé, parfois bien malgré elle, les tourments d’un siècle fait de grandes désespérances mais aussi de beaux espoirs : elle fait partie des rares juifs français ayant survécu à la déportation à Auschwitz, elle symbolise la conquête du droit à l’avortement et elle est l’une des figures de la construction Européenne.

L’énergie d’une survivante

Dès son retour en France, Simone Veil défie en effet le temps et les hommes avec la stupéfiante énergie d’une survivante. « Elle a toujours eu un instinct vital très fort, comme si elle voulait inscrire son nom et celui de sa lignée dans la pierre, constate l’ancienne députée (UMP) Françoise de Panafieu.

Quand on a survécu au plus grand drame du XXe siècle, on ne voit évidemment pas la vie de la même manière. Les enfants, le travail, la politique : elle a tout fait comme si elle défiait la mort.

Elle voulait être exemplaire aux yeux de ses enfants, de ses proches et surtout, de tous ceux qu’elle a perdus. »

A peine rentrée des camps, Simone Veil s’inscrit à Sciences Po, se marie, élève trois garçons et décide d’appliquer sans délai le principal enseignement de sa mère : pour être indépendante, une femme doit travailler.

Au terme d’un rude débat conjugal, Antoine Veil finit par transiger à condition que sa femme s’oriente vers la magistrature.

Simone Veil évolue dans les milieux du Mouvement républicain populaire (MRP) dont son mari est proche, mais son cœur penche parfois à gauche : elle s’enthousiasme pour Pierre Mendès France, glisse à plusieurs reprises un bulletin de vote socialiste dans l’urne et s’inscrit brièvement au Syndicat de la magistrature.

En mai 1968, elle observe avec bienveillance la rébellion des étudiants du Quartier latin. « Contrairement à d’autres, je n’estimais pas que les jeunes se trompaient : nous vivions bel et bien dans une société figée », écrit-elle.

Lors de la présidentielle de 1969, elle vote pour Georges Pompidou… sans se douter qu’elle intégrera bientôt le cabinet du garde des sceaux. Elle devient ensuite la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, puis, la première femme à siéger au conseil d’administration de l’ORTF.

« Nos parents étaient assez atypiques, note son fils Jean Veil. Ma mère travaillait alors que celles de mes copains jouaient au bridge ou restaient à la maison. »

« Nous habitions place Saint-André-des-Arts et quand elle était à la chancellerie, elle revenait déjeuner avec nous à midi, à toute vitesse », raconte Pierre-François Veil. « Et on finissait souvent de manger sur la plate-forme du bus parce qu’on était en retard ! ajoute son frère Jean. Notre mère n’était pas très exigeante sur le plan scolaire. Ses exigences portaient plutôt sur le comportement et la morale. Ce qu’elle ne voulait pas, c’est qu’on reste à ne rien faire. Ça, ça l’énervait beaucoup. »

« Nous ne pouvons plus fermer les yeux »

Car Simone Veil a la passion de l’action, pour ses enfants comme pour elle-même. Elle est bien vite servie.

Un jour de 1974, le couple Veil dîne chez des amis lorsque la maîtresse de maison demande discrètement à Simone Veil de sortir de table : le premier ministre Jacques Chirac souhaite lui parler au téléphone. « Il m’a demandé si je voulais entrer au gouvernement pour être ministre de la santé, racontait-elle en 2009. J’étais magistrat, la santé, ce n’était pas la chose principale de mon existence mais après de longues hésitations, j’ai fini par accepter tout en me disant : “mon Dieu, dans quoi vais-je me fourrer ?” Pendant plusieurs semaines, je me suis dit que j’allais faire des bêtises. Au pire, on me renverrait dans mes fonctions ! »

La tâche de la toute nouvelle ministre de la santé s’annonce rude : le Planning familial s’est lancé dans la pratique des avortements clandestins.

Le prédécesseur de Simone Veil à la santé, Michel Poniatowski, la prévient qu’il faut aller vite. « Sinon, vous arriverez un matin au ministère et vous découvrirez qu’une équipe squatte votre bureau et s’apprête à y pratiquer un avortement… » Simone Veil présente très rapidement un texte pour autoriser l’IVG, qui lui vaut des milliers de lettres d’insultes.

« A cette époque, certains de ses amis ne voulaient plus la recevoir, d’autres ont cessé de lui adresser la parole, raconte Françoise de Panafieu, dont la mère, Hélène Missoffe, était secrétaire d’Etat à la santé dans le même gouvernement. On imagine mal, aujourd’hui, la violence des débats. »

Le 26 novembre 1974, alors que des militants de Laissez-les vivre égrènent silencieusement leur chapelet devant le Palais-Bourbon, Simone Veil monte à la tribune de l’Assemblée nationale pour défendre son texte :

« Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300, 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois et qui humilient ou traumatisent celles qui y ont recours. (…) Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir.

Les jeunes générations nous surprennent parfois en ce qu’elles diffèrent de nous ; nous les avons nous-mêmes élevées de façon différente de celle dont nous l’avons été. Mais cette jeunesse est courageuse, capable d’enthousiasme et de sacrifices comme les autres. Sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême. »

En réponse, le député René Feït fait écouter les battements du cœur d’un fœtus tandis que Jean Foyer (UDF) dénonce les « abattoirs où s’entassent les cadavres de petits d’hommes ».

Jean-Marie Daillet (UDF), qui dira plus tard ignorer le passé de déportée de Simone Veil, évoque même le spectre des embryons « jetés au four crématoire ». Le baptême du feu est rude, mais pendant les débats, Simone Veil s’impose comme une femme politique de conviction : Le Nouvel Observateur en fait la « révélation de l’année ».

Présidente du Parlement européen

Simone Veil passe cinq ans au ministère de la santé, un poste qu’elle retrouvera de 1993 à 1995 dans le gouvernement d’Edouard Balladur. Elle est alors au zénith de sa popularité : en 1977, lorsque Antoine Veil se présente sous les couleurs du RPR aux élections municipales, à Paris, les électeurs ne cessent de lui demander s’il est le « mari de Simone Veil ».

« Non, répond-il dans un sourire, c’est Simone Veil qui est ma femme… » Les collaborateurs de Simone Veil décrivent volontiers une femme exigeante, qui s’emporte facilement et supporte mal la médiocrité.

Dans ses Mémoires, Roger Chinaud, qui l’a vu un jour tempêter contre son directeur de cabinet, affirme que dans ce domaine, il ne lui connaît qu’un seul rival, Philippe Séguin.

En 1979, Valéry Giscard d’Estaing, qui aime les symboles, décide de faire de Simone Veil, qui vient d’être élue députée européenne, la présidente du premier Parlement européen élu au suffrage universel.

« Qu’une ancienne déportée accède à la présidence du nouveau Parlement de Strasbourg lui paraissait de bon augure pour l’avenir », écrit-elle.

Jacques Delors se souvient de l’élan de ces années-là. « Le Parlement européen faisait ses premiers pas, tout était neuf, tout était à inventer. Nous vivions dans les balbutiements d’une Europe enthousiaste mais Simone Veil a fait preuve, pendant sa présidence, d’une qualité rare : le discernement. Dès son discours d’intronisation, elle a souligné les difficultés de la construction européenne. »

Dans les années 1990, Simone Veil s’éloigne du monde politique pour se consacrer au Conseil constitutionnel.

A la fin des années 2000, elle se retire peu à peu de la vie publique : en 2007, elle quitte le Conseil constitutionnel, puis, quelques semaines plus tard, la présidence de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

Son mari et sa sœur sont décédés, elle vit au pays des souvenirs – celui de ses proches, bien sûr, mais aussi celui des morts de la Shoah. « Je sais que nous n’en aurons jamais fini avec eux, écrivait-elle. Ils nous accompagnent où que nous allions, formant une immense chaîne qui les relie à nous autres, les rescapés. »

Note: I watched an exhaustive documentary on Simone last night. For 3 days, she sat in the parliament to defend her abortion law, listening to the deputies who lambasted her for reverting to Nazi activities of killing and burning avorted babies. I cannot believe that many of them were ignorant that she is a survivor of concentration camps.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/06/30/mort-de-simone-veil-icone-de-la-lutte-pour-les-droits-des-femmes_5153554_3382.html#30uBjvMw8BLXLBHF.99


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