Adonis Diaries

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True Hell: Wearing the Ebola designed suits in hot and humid Africa

Must be the additional Tenth circle of Hell in Dantes.

The suffocating weather, heavy and complicated suit, emotions, fears, desperation… and realization that about 50% of whom we are treating and getting attached to will die.

L’équipement de protection individuel se compose de différents éléments : des bottes, une combinaison, un masque, une cagoule, un tablier, des lunettes et deux paires de gants.

Pour revêtir cette tenue, il faut respecter scrupuleusement la procédure car aucun millimètre de peau ne doit être exposé.

« La chaleur devient vraiment insupportable. Il fait très humide et, vu mon état de fatigue, je ne tiens pas très longtemps dans ma combinaison de protection. La sueur coule sur mes yeux et fait crisser mes gants.

Nous devons nous rendre rapidement dans la zone suivante et placer les corps dans les housses mortuaires avant de nous sentir vraiment mal. »

C’est ce qu’explique Cokie, une spécialiste en eau et assainissement britannique qui travaille dans un centre Ebola de Médecins Sans Frontières.

« Si Dante avait imaginé un dixième cercle de l’Enfer, c’eût été celui-là. »

Cette bataille contre le virus Ebola, ce sont des hommes et des femmes qui la livrent. Car il n’existe toujours pas de médicament pour soigner les malades, aucun vaccin pour protéger les populations à risque.

La seule chose que nous pouvons faire, c’est dispenser des soins de soutien aux patients, pour les aider à gagner le combat contre le virus. C’est un travail extrêmement pénible.

Psychologiquement, c’est très difficile car malgré la meilleure prise en charge possible, la moitié des patients ne survivra pas à la maladie. Physiquement aussi, ce travail est terriblement éprouvant : sous la chaleur tropicale, impossible de supporter plus d’une heure les tenues de protection et aider les patients gravement malades à manger et à boire, les laver et les changer est épuisant.

À ces pressions psychologiques et physiques s’ajoute le risque de contamination. Le 14 octobre 2014, 21 collaborateurs de Médecins Sans Frontières, dont deux membres du personnel international, avaient été eux aussi contaminés par le virus. Seize d’entre eux sont décédés.

Ceux qui sont guéris et peuvent rentrer chez eux sont souvent confrontés à la peur, aux doutes et parfois même à la stigmatisation sociale. Ebola fait peur, même au delà de l’Afrique de l’Ouest.

Je veux montrer aux habitants de l’Afrique de l’Ouest que nous ne les abandonnons pas à leur sort.»Evita,infirmière

Pourtant, Médecins Sans Frontières n’a aucun mal à trouver des candidats prêts à partir travailler dans ses centres Ebola. Plusieurs centaines de MSF travaillent ensemble avec des milliers de collègues nationaux. Malgré les conditions difficiles, tout le monde est très motive.

« J’étais en mission en Afghanistan avec MSF lorsque l’épidémie d’Ebola a éclaté » explique Evita, une infirmière néerlandaise. « On se posait souvent la question entre collègues : “tu irais, toi ?”. Une fois chez moi, je n’ai pas tardé à prendre la décision. De partir. De venir en aide. De montrer aux habitants de l’Afrique de l’Ouest que nous ne les abandonnons pas à leur sort. »

Photo de couverture © Caroline Van Nespen/MSF. Photos © John Moore/Getty Images.

Aliénation

L’équipement de protection individuel se compose de différents éléments : des bottes, une combinaison, un masque, une cagoule, un tablier, des lunettes et deux paires de gants. Pour revêtir cette tenue, il faut respecter scrupuleusement la procédure car aucun millimètre de peau ne doit être exposé.

Il faut donc toujours entrer à deux dans la zone d’habillage, pour pouvoir se contrôler mutuellement. Une fois protégé par cette « armure », il faut travailler vite et bien, car au bout d’une heure, il faut déjà retirer sa tenue, tant le risque de « surchauffe » et de déshydratation est élevé.

Mais travailler vite et efficacement n’a rien d’évident avec cet équipement qui semble ralentir tous vos mouvements, qui vous fait ruisseler de sueur et qui exige beaucoup de concentration, ne serait-ce que pour respirer.

« Au début, on a vraiment du mal à se déplacer, » explique Charlotte, une infirmière française. « On se demande, Bon Dieu, comment arriver à faire son boulot sans fondre en larmes. Il fait une chaleur torride, le soleil brûle. Mais on finit par s’habituer. Les tâches à accomplir prennent le dessus et on finit presque par oublier sa tenue.

Mais après une heure, on est complètement trempé ; dans les bottes, la sueur ruisselle jusqu’aux chevilles et il y a tellement de buée qu’on ne voit pratiquement plus rien à travers les lunettes. À ce moment-là, on sait qu’il est temps de sortir. »

Une telle tenue vous rend méconnaissable. Beaucoup de médecins et d’infirmiers écrivent donc leur nom sur leur combinaison pour que les patients puissent reconnaître ceux qui vont s’occuper d’eux.

Ou alors, ils utilisent des symboles pour s’identifier, par exemple des fleurs. Ce n’est pas évident pour le personnel médical d’entrer en contact avec leurs patients avec ce costume anonyme et étrange.

« Lorsqu’un patient arrive dans le centre, nous ne portons jamais notre équipement complet pour l’accueillir, » explique Kathleen, une infirmière belge. « Nous n’avons que notre masque et nos gants.

Le patient peut ainsi nous voir et apprendre à nous connaître et nous pouvons nous présenter. Si le test sanguin confirme qu’il s’agit d’Ebola, nous expliquons au patient que nous allons le transférer dans une autre zone du centre. Et que nous les soignerons avec notre combinaison jaune. »

« Après trois jours, je connaissais par cœur le nom de tous mes patients, » explique Charlotte. « Appeler les patients par leur nom rend les choses plus humaines. Car cette combinaison jaune reste un obstacle physique au contact avec vos patients.

Il n’empêche que c’est terriblement frustrant pour une infirmière de ne pas pouvoir utiliser ses mains pour sentir la peau des patients qu’on soigne. Mais je ne peux pas, je dois songer à ma propre sécurité. »

« Il m’arrive parfois de vouloir m’asseoir à côté d’un patient et enlever ma tenue pour le prendre dans mes bras » explique Carlotta, une infirmière italienne.

« On a envie de lui donner un peu de chaleur humaine. Il va bientôt mourir et vous êtes le seul être humain qu’il voit. »

Photos © Peter Casaer/MSF

Douleur

Une prise en charge de qualité permet de réduire à 50 % le taux de mortalité d’Ebola. Mais 50 % – un patient sur deux admis au centre – c’est énorme, surtout lorsqu’on est habitué à sauver des vies.

Les chances de survie augmentent aussi considérablement lorsque les patients se rendent au centre dès l’apparition des premiers symptômes.

Malheureusement, c’est rarement le cas. Les patients arrivent souvent lorsqu’ils sont en phase terminale de la maladie.

Il suffit parfois d’un regard pour savoir qu’une personne ne s’en remettra pas, explique Jolien, une infirmière belge. « Un jour, 28 patients sont arrivés en même temps. Un jeune de 14 ans qui ne tenait pratiquement plus sur ses jambes et qui regardait fixement devant lui, une petite de 6 ans, complètement paniquée, qui cherchait sa maman, un femme de 30 ans, à moitié nue, très instable, dont les yeux étaient injectés de sang et la bouche saignait… Je me suis alors rappelé ce que mes collègues m’avaient dit : “au bout de quelques temps, on reconnaît les patients Ebola à leur regard.” J’ai constaté que tous mes collègues avaient le réflexe de faire quelques pas en arrière pour s’écarter de cette femme. Cette patiente ne tiendrait pas le coup longtemps, elle avait déjà son billet pour la mort. Je dis les choses crûment, mais telle est la réalité : quand 28 patients arrivent, seuls les plus solides vont s’en tirer. Nous n’aurions même pas le temps de forcer cette femme à manger et à boire. Elle était une proie facile pour la maladie. »

Les chances de survie d’un bébé de quatorze mois sont très faibles, surtout s’il n’y a personne pour veiller sur lui. »

Sarah, médecin

Tous ceux qui ont travaillé dans un centre Ebola ont en mémoire des récits tragiques de patients décédés, de décisions difficiles à prendre. Le virus n’épargne personne, pas même les plus jeunes. Le plus difficile, c’est quand un enfant meurt. Un tiers des housses mortuaires achetées par Médecins Sans Frontières pour ses centres Ebola sont destinées aux enfants.

« Je me souviens de Kumba et de sa petite-fille, qui s’appelait aussi Kumba, » raconte Sarah, médecin belge. « La petite avait déjà perdu sa mère, contaminée sans doute par Ebola. Lorsque les résultats des tests sont arrivés, nous avons dû séparer la grand-mère et sa petite-fille, car la petite était infectée et pas la grand-mère. Mais les chances de survie d’un bébé de quatorze mois sont très faibles, surtout s’il n’y a personne pour veiller sur lui. »

« Un après-midi, en pénétrant dans la zone, j’ai vu que Kumba convulsait. Elle avait retiré sa perfusion. J’ai essayé de remettre en place la perfusion, ce qui était très difficile vu les convulsions. Une infirmière est venue me prêter main forte, mais nous n’y sommes pas arrivées. En plus le risque était élevé, j’avais vraiment peur qu’on se pique.

« Alors on a décidé d’arrêter : le risque était trop élevé pour ma collègue et moi, et les chances de survie de la petite patiente infimes. Et de toute façon, nous n’avions plus qu’une heure pour soigner tous les autres patients. Je l’ai donc recouverte d’un linge et je l’ai déposée dans son lit, en prenant le maximum de précaution. Ce fut terrible pour moi de l’abandonner. Je savais qu’elle allait mourir. Et effectivement, lors de sa ronde, l’équipe qui avait pris le relais n’a pu que constater le décès de la petite. »

Ce fut terrible pour moi d’abandonner cette petite fille. Je savais qu’elle allait mourir. »

Sarah, médecin

Ce sentiment de frustration de ne pas pouvoir aider tout le monde est d’autant plus grand lorsque les gens arrivent à temps mais il n’y a simplement pas de place pour eux. Le centre d’Ebola de MSF à Monrovia au Liberia, était fin septembte 2014, encore le seul centre de toute la ville, en dépit des appels de MSF à ouvrir de toute urgence des centres additionnels. Par conséquent il y avait tellement de malades qui se présentaient au centre, que nous ne pouvions pas tous les admettre.

Pierre, anthropologue belge, s’était posté devant l’entrée de l’hôpital, pour refouler les patients.

Photos © Sylvain Cherkaoui/Cosmos

Amitié

Dans un centre Ebola, l’une des tâches les plus difficiles est probablement la prise en charge des dépouilles. Une tâche qui revient notamment à Estifanos, un Éthiopien. « C’est en tout cas psychologiquement très pénible, » explique-t-il. « Je travaille habituellement avec des patients vivants. Et maintenant, je dois m’occuper des cadavres. Il m’arrive de devoir mettre dans une housse mortuaire le corps d’un patient qui me demandait encore de l’eau la veille. »

Confrontés à la fatigue physique et aux conséquences de l’impuissance, de la frustration et du chagrin, les collaborateurs sont très vite sur les genoux. Dans les autres projets, les gens partent en mission entre 6 et 9 mois, même dans les zones en guerre. Ce n’est pas le cas de ceux qui travaillent dans les centres Ebola : ils rentrent tous après quatre à six semaines. La fatigue fait commettre des erreurs, et chaque erreur peut avoir ici des conséquences fatales.

On vit ensemble, on travaille ensemble, on se sent très proches les uns des autres. »

Carlotta, infirmière

Hilde, médecin belge, intervient depuis 2007 lors des épidémies d’Ebola aux côtés de MSF. Elle a déjà dirigé à plusieurs reprises le volet médical de centres Ebola en Afrique de l’Ouest. « Si je pouvais, je prendrais chacun de mes collègues par la main et l’accompagnerais en permanence. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons mis en place notre système de binômes. Mais je ne peux pas m’occuper de la formation de tout le monde. » Ce système de travail en binôme a d’autres avantages : il aide les membres de l’équipe à bien se connaître. « On se surveille mutuellement, on regarde si l’autre ne fait pas d’erreur, s’il ne se sent pas mal. Il faut faire un avec lui », explique Carlotta.

Mais les confrères et collègues ne sont pas seulement un soutien technique : ils assurent aussi l’indispensable soutien psychologique. « On ne peut pas travailler seul dans un tel contexte, » affirme Honney, infirmière philippine. « On doit vraiment pouvoir s’appuyer sur une bonne équipe, car le travail est très dur. Il faut pouvoir parler des patients, des problèmes qui se sont posés pendant la journée et de la façon dont on va les résoudre. »

« Dans une équipe, on sent qu’on fait partie d’un tout, » explique Carlotta. « L’équipe joue un rôle fondamental. On vit ensemble, on travaille ensemble, on se sent très proches les uns des autres.

Et quand ça ne va pas fort, on sait qu’il y aura toujours quelqu’un pour nous aider. Certains jours, on se sent au bout du rouleau, car les événements pénibles se sont accumulés. Lors de ces journées difficiles, ce sont vos collègues qui vous aident à tenir le coup. »

Nous ne pouvons pas nous prendre dans les bras sauf quand on a revêtu l’équipement de protection. » Véronique, infirmière

Mais ce soutien ne peut s’exprimer que par des mots. Car pour limiter au maximum le risque de contamination, nous ne pouvons jamais nous toucher. Ce qui n’est pas facile quand on aimerait tant prendre dans ses bras un collègue qui est à bout. « C’est très dur pour moi », explique Véronique, infirmière canadienne. « Habituellement, on se touche et on s’embrasse beaucoup. Et tout d’un coup, ces gestes sont interdits à cause du risque de contamination. Mais entendons-nous : c’est pour notre propre sécurité et celle de nos collègues.

Il nous arrive parfois de nous étreindre : juste avant d’entrer dans la zone à haut risque, quand on a revêtu l’équipement de protection. On peut alors se prendre un instant dans les bras. » Mais un bref instant, car une telle tenue ne peut être portée que peu de temps.

« Et ces gestes, on ne les fait qu’avant d’entrer, jamais à l’intérieur, jamais après, » poursuit Véronique.

Photos © Caroline Van Nespen/MSF, Sylvain. Cherkaoui/Cosmos, Peter Casaer/MSF.


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